Après des années de bons et loyaux services,
Amorphis quitte le tandem Relapse/Nuclear Blast pour signer sur une major et ça, forcément, ça sent mauvais. On se souvient du passage plus que mitigé d'
Helloween chez EMI, ainsi que celui de
Paradise Lost sur la même grosse écurie. Entourés de personnes qui ne savent pas travailler le groupe, encore moins le vendre, une major peut signifier la Bérézina pour une formation de metal inscrite dans une certaine logique et dans un style particulier. Aussi, la signature chez Virgin avait de quoi fortement inquiéter tant
Amorphis parait déplacé au milieu des autres artistes de la firme. Et ce d'autant plus que le groupe est en pleine crise de confiance.
Sans être disloqué, la formation finlandaise a clairement montrée qu'elle était au bout de son inspiration avec Am Universum, le précédent opus. Terminé l'âge où le growl s'imposait dans le chant, fini les rythmiques lourdes et efficaces qui permettaient des délires aux sonorités folk entraînantes (on se souviendra longtemps de Elegy pour cela...). Place à une ouverture braquée sur les années 70 qui laisse une place importante aux claviers et surtout une voix claire en permanence, même si cette dernière sait faire preuve de puissance.
Mais voilà que
Far From The Sun sonne comme un coup d'arrêt. Ce disque stigmatise violemment la panne d'inspiration dont souffre
Amorphis. Le groupe ne sait visiblement sur quel pied danser, hésitant entre la fougue de Tuonela, le côté posé de Am Universum ou encore le grain de folie folk qui animait Elegy et ce, sans les growls qui l'accompagnaient. Le résultat apparait donc relativement décousu. La formation jongle d'un thème à l'autre en serrant les dents et les fesses dans l'espoir que tout passera comme une lettre à la poste. Ce qui n'est malheureusement pas le cas. D'autant plus que
Pasi Koskinen, complètement miné par ses problèmes d'alcool, ne semble carrément pas concerné par ce qu'il chante. Autant on pouvait vanter ses mérites sur Am Universum où sa voix était à son apogée, autant ici il parait futile dans ses interventions, donnant même l'impression de s'ennuyer ferme par moment (
God Of Deception, qui propose pourtant un riff bien heavy).
Et l'album, qui démarre plutôt bien avec
Day Of Your Beliefs et
Planetary Misfortune sombre lui également dans un ennuie assez terne. De temps en temps, une mélodie ou un riff accrocheur, voire un refrain bien amené nous fait lever la tête, devant ce qui apparait vite comme une repompe des mélodies ayant fait le charme du combo par le passé. Les introductions ont tendance à être prévisible, l'évolution rythmique également. Il devient alors difficile de situer correctement les morceaux, entre cette impression de déjà entendue et cette lassitude évidente face à une accumulation de plans qui ont déjà servi dans le passé.
Et du coup,
Far From The Sun apparait comme un pur gâchis. Parce que l'on savait les musiciens inventifs et talentueux, mais là, ils se sont enfoncés dans un style d'écriture routinier, presque facile et les raisons ne sont pas les bonnes, car c'est jouer la carte de la facilité. Et comme si le hasard s'en mêlait (ou plutôt, le flair des maisons de disque),
Amorphis doit souffrir la même année de sa propre concurrence, la compilation Chapters étant publiée par son ancienne maison de disque. Et même si tout n'évolue pas sur le même registre, la comparaison entre le passé et le présent est loin d'être flatteuse pour ce disque-ci.
Il est donc logique que
Amorphis se plante avec ce disque, qui aura de toute façon été assez mal distribué par Virgin. Il est aussi logique de voir que Koskinen sera poussé vers la sortie à cause de son alcoolisme, ses prestations scéniques devenant de plus en plus pitoyables au sein d'
Amorphis. Et il n'est du coup pas étonnant de les voir frapper à nouveau à la porte de Nuclear Blast pour renégocier un contrat, chose que le label allemand s'empressera de faire.
Far From The Sun, c'est le disque à éviter de
Amorphis quand on est fan. La facette la plus triste du groupe, mais pas pour des raisons lyriques, pour des raisons qui touchent avant tout l'âme de la musique.