Le cas de
Lord Belial est véritablement paradoxal. Comment en effet, un groupe ayant édifié une forteresse vertigineuse de noirceur et de mysticisme comme
Enter The Moonlight Gate, dont la terrifiante silhouette demeure encore visible malgré l’épaisse brume l'ayant progressivement enveloppé depuis treize ans, a pu ainsi sombrer inexorablement dans une médiocrité proprement abyssale, tout en poursuivant pourtant plus ou moins la ligne tracée par une telle référence ?
Les suédois avaient pourtant toutes les cartes en main pour réitérer cette prouesse, ou tout au moins, en évoquer la glorieuse réminiscence, mais excepté le valeureux
Unholy Crusade qui lui succéda deux ans plus tard, auquel on peut accorder le mérite d’avoir su maintenir un semblant d’illusion, aucun des piteux albums qui nous ont été servis par la suite, n’ont réussi ne serait-ce qu’à esquisser un quelconque fragment d’authenticité.
Les confins du dénuement ayant été atteints, avec les insipides
Nocturnal Beast et
Revelation - The 7th Seal, on aurait pu espérer que ce
The Black Curse sorti en 2008 (marquant le retour symbolique du guitariste et cofondateur Vassago auprès de la petite famille Backelin), allait éventuellement insuffler un regain d’inspiration et de vigueur aux rouages d’une machine sans âme, usée par l’érosion de l’ennui et par les affres d’une extrême vacuité créative. Mais
Lord Belial est moribond, sa carcasse commençant depuis longtemps déjà à montrer des signes de décomposition avancée, mais refusant obstinément de lâcher prise et s’accrochant à ses chimères, comme inconscient des multiples humiliations qu’il est le seul à s’infliger.
Les membres constituant cette entité agonisante, nous resservent donc inlassablement leur Black Metal de roturiers effroyablement terne, et disgracieusement ampoulé. Une musique sans scrupules étalant les clichés, qui malgré l’orthodoxie des ingrédients la composant, n’a strictement rien de véhémente, de mystique et de lumineuse. Pourtant, tous les éléments qui auraient pu à nouveau convoquer la magie sont réunis : mélodies mélancoliques et glaciales, riffs menaçants, arpèges délicats et rythmiques véloces. Hélas, le tout retombe inexorablement telle une pluie de cendre, avant d‘avoir ne serait-ce qu’ébauché la moindre étincelle de génie. Des mélodies oui, mais affreusement convenues, des riffs et des claviers d’une banalité consternante, des solos de guitares figuratifs sans la moindre consistance, et une batterie terriblement fade, d’une platitude accablante et surtout, totalement dénuée d’une once de puissance et d’énergie. Si cet album peut paraître, au premier abord, harmoniquement plus riche et travaillé que ses navrants prédécesseurs, ce n’est que pour mieux s’enfoncer dans une accumulation de poncifs et de plans éculés au possible.
Un disque joliment présenté, bien composé, bien joué et bien emballé, mais où il ne se passe pour ainsi dire rien, dépourvu de noirceur, de présence, d’émotions, et qui ne pourra raisonnablement trouver grâce qu’aux oreilles les moins exigeantes et les plus boulimiques, s’accommodant de produits où seulement une bonne exécution et un semblant d’agressivité, réussissent à combler le vide ambiant.
The Black Curse constituait jusqu’à présent, le
testament d’un groupe ayant judicieusement décidé de cesser ses activités, et qui aurait manifestement dû se saborder il y déjà plus de dix ans, n’ayant réussi durant toutes ces années qu’à se faire ridiculiser par l’une de ses propres créations, s’étant lui-même condamné à errer jusqu’à la fin, dans l‘ombre de son chef d’œuvre. Mais la récente annonce de la reformation de cette affaire de famille, laisse un sentiment pour le moins dubitatif, et confirme un entêtement à la limite du grotesque. Une terrible évidence qui peut amener à penser, qu’
Enter The Moolight Gate ne fut au final qu’une réussite involontaire, où tout était simplement réuni pour une alchimie aussi parfaite qu’inopinée.
Avec un potentiel initialement énorme,
Lord Bélial achève donc un cycle avec un disque une fois encore raté, entérinant son incontestable échec. Un renoncement résigné et digne, aurait pourtant été plus qu’opportun, et aurait définitivement mis un terme à une carrière qui hélas, fut jusqu’à présent placée sous la bannière d’un intolérable gâchis. Gageons seulement qu’un hypothétique éclair de lucidité, vienne balayer cette rancœur aussi amer que justifiée.