Difficile de décrire très exactement quelle fut l’ampleur de cette fébrilité qui nous saisis, lorsque
Trust annonça, enfin, son retour. Cette résurrection inespérée souleva, en effet, au sein de son peuple le plus ardemment acquis, une réelle ferveur. S’ensuivit alors le sentiment tourmenté d’une déplaisante inquiétude, car, à l’évidence
Trust ne pouvait, et ne devait, plus jamais être celui qu’il avait été autrefois. Comment effectivement songé sérieusement un seul instant voir resurgir cet ombre du passé ? Comment véritablement envisager que ces hommes, ces artistes, dont le propos aura toujours été très spontanément imprégné de leurs états d’esprits présents, soient l’image la plus fidèlement identique à ce souvenir laissé plus de vingt ans plus tôt ? Qui, sinon les plus ignorants de l’œuvre de ces musiciens à la maturité accrus par ces années, et ces expériences, vécues, pouvait réellement songer que le groupe reviendrait aussi véhément qu’il le fut sur ces premiers opus ? Cette insupportable attente infligé à nos esprits, dans lesquels les réminiscences d’un Rock’n Roll (1985) moyens défendant une musique Blues/Rock/Pop ne cessaient de nous torturer affreusement, fut, enfin, soulager lorsque sortit ce
Europe et Haines.
Et si aujourd’hui le groupe n’est plus ce révolté hurlant en un cri primal vindicatif cette rage à l’encontre d’une société désespérément aveugle, il n’en demeure pas moins douloureusement concerné par la situation d’un monde à l’agonie. D’un Blues/Rock inspiré aux légers parfums Hard, sur lequel Bernie vient déposer un verbe parfois insolent,
Trust nous offre la maturité d’un propos plus pondéré. Dans sa langue acerbe et aiguisé le chanteur sait, aujourd’hui plus que jamais, user des mots adéquats. Ainsi les textes de la poignante ballade Tous ces Visages, où l’émotion est incroyablement juste, où encore ceux plus cyniques de On Lèche, On Lâche, On Lynche, mais aussi ceux adroitement évocateur de J’ai Vu Dieu, sont autant de mots construisant des véritables émois, pour des titres, certes, plus subtils et moins colériques qu’autrefois, mais éminemment touchant. Néanmoins si ces morceaux viennent facilement éveiller en nous, un certain plaisir, d’autres, aussi, demeurent suffisamment attachant pour faire de ces instants, des moments sinon inoubliables, tout au moins très agréables. Ainsi les titres Ailleurs, Lutter sans Cesse,
Europe et Haines très connoté Rock ; mais aussi Fais où On te Dit de Faire, Le Temps Efface Tout proposent suffisamment de qualités pour susciter en nous de véritables sensations plaisantes. Ajoutons encore les affres appréciables d’une ballade Bluesy, Tout Cela Était-Il Prévu ?, qui, si elle n’est pas totalement indispensable, s’avère très révélatrice des envies musicales du
Trust nouveau. Et c’est véritablement dans son aspect contemporain qu’il faut, désormais, appréhender Bernie et les siens, en tentant de se délester d’un historique pesant et passé.
Trust n’est définitivement plus celui d’autrefois. Une page est irréparablement tournée.
Nul doute que ceux qui vivent dans les espoirs passéistes d’antiques commémorations jubilatoires resteront sourds à cet œuvre, et à ce nouveau
Trust plus actuel. Pour les autres ce
Europe et Haines reste un moment agréable, à défaut d’être incontournable. Accordons lui, tout de même, le mérite d’avoir réussi sur ces mêmes terrains où Rock’n Roll avait regrettablement échoué.