Si
Europe et Haines s’inscrivait indéniablement dans la continuité musicale Rock/Blues d’un Rock’n Roll (1984), mais dans une expression, tout de même, quelque peu plus moderne ;
Ni Dieu Ni Maître s’affirme, quant à lui, comme la volonté clairement assumé d’une musique contemporaine plus universelle. Bien décidé à, en effet, ne pas demeurer reclus dans les murs pétrifiant d’un sempiternel souvenir passé ;
Trust, dans un éclectisme assumé, va enrichir son propos d’éléments empruntés à d’autres styles pas nécessairement propres aux Metal/Hard Rock, ni même aux Rock d’ailleurs, et ainsi s’éloigner encore davantage de cette image fantasmée que conserve de lui, toute une partie d’anciens adeptes déçus par ce retour ne proposant pas, ou trop peu, de similitudes avec la musique originellement rageuse du groupe. Pourtant pouvait-on réellement croire, connaissant l’anticonformisme, et les aspirations diverses de ces musiciens, qu’ils se contenteraient d’un confortable conservatisme en revêtant simplement leurs costumes d’autrefois ? Evidement, non.
Néanmoins loin de constituer des bouleversements immédiatement profonds, si l’on compare à l’œuvre précédente, ces subtils changements musicaux de ce
Ni Dieu Ni Maître, en annoncent pourtant les prémices. Divers aspects sont très révélateurs de cette volonté de diversification et de modernisation estampillée du sceau de l’éclectisme. Ainsi voit-on l’apparition de chants aux phrasés particuliers. Parfois syncopés, plus moderne, pouvant s’apparenter, toutes proportions gardées, à la diction d’un flow presque Hip Hop, tels sur les couplets de Question d’éthique ou d’Edouard par exemple. D’autres fois ce chant est simplement parlé tels que sur Dieu Est Conservateur, Le Diable Est Libéral. Cette impression accrue de volonté moderniste, mis en exergue par ces voix à la déclamation inaccoutumée, devient plus prégnante encore lorsqu’elle est soulignée par la présence de ces samples, et devient définitivement une certitude lorsque le morceau Pensées, et ses boucles mêlant aux sons de guitares ceux de batteries et de synthé Techno, envahis nos esprits.
Ceci-étant cette œuvre comporte quelques préceptes suffisamment typiques de
Trust, pour que l’infidélité ne soit pas totalement amère. Ainsi des titres tels que Manque de Trop, Question d’Ethique, Fin de Siècle ou le sympathique Maréchal proposent une musique Rock appréciable très caractéristique de celle que le groupe propose depuis son retour. Le sympathique pamphlet à l’encontre de Maurice Papon, comportant quelques phrases délicieusement acerbes telles que « J'te trouve très résistant, au banc des accusés », propose le verbe aiguisé d’un Bernie qui, fort de la maturité acquise au cours des années passés, est devenu bien plus subtil. Cette signature de la langue propre à Monsieur Bonvoisin, et à
Trust, est, elle-aussi, suffisamment symptomatique des parisiens pour que le perfide changement soit moins abrupte. Concernant ces textes, notons encore, dans les lignes du titre Chaque Homme, un délectable et sagace « chaque homme est une grenade dégoupillé ».
Il convient d’ajouter des titres plus inhabituels tels que la sombre complainte aux paroles improvisées, Dieu Est Conservateur, Le Diable Est Libéral, mais aussi un excellent Drôle de Gens qui fustigent le mépris de ceux, ces drôle de gens, qui pensent avoir saisis ce que d’autres ignorent. Ce dernier, aux riffs et aux boucles étrangement synthétiques, est pourtant une très bonne chanson. A noter aussi le retour de la section cuivre, sur le morceau Chair et Honneur.
En considérant l’œuvre dans son ensemble, et en tentant (difficilement) d’envisager le groupe avec une nouvelle virginité, ce
Ni Dieu Ni Maître propose les méandres d’un Rock moderne, ornés d’agréments empruntés à d’autres genres de musique peu apprécié sur la scène Hard Rock. Nul doute que le résultat, moyennement captivant, continuera de creuser définitivement ce gouffre entre les adeptes passéiste et ceux plus ouverts d’esprits.