Commencer une carrière avec un album culte peut parfois être une véritable malédiction, et nombreux sont les groupes qui ne parviennent pas à passer le cap.
Il faut dire que donner un successeur à ce genre de disque relève plus du chemin de croix que de la promenade de santé… Cependant, il arrive, somme toute assez peu souvent, que les Dieux du
Metal se montrent cléments et donnent à ces groupes une autre occasion de prouver leur valeur.
Alice In Chains fait partie de ces rares élus.
Seulement deux ans après un
Facelift (1990) qui posait les bases sonores du groupe, et quelques mois après la sortie de l’EP semi-acoustique
Sap, qui quant à lui préfigurait la sortie de
Jar Of Flies (1994),
Alice In Chains revient en Septembre 1992 avec
Dirt (« Saleté », pour les anglophobes).
Dirt a été enregistré en Californie entre 1991 et 1992, alors que la plupart des membres du groupe souffraient de divers problèmes liés à l’alcoolisme (dépression, delirium tremens…), et que Layne lui-même avait développé une dépendance à l’héroïne. Du fait, l’album possède un côté très sombre, très sale, qui a sûrement contribué à son succès (plus de 4 millions d’exemplaires vendus), en titillant la curiosité malsaine des fans d’Alice… On remarque également qu’une grande partie des textes de l’album traite du thème de l’addiction (aux drogues, principalement).
Au niveau musical,
Alice In Chains reste fidèle à lui-même en proposant des morceaux à mi-chemin entre le
Grunge et le
Metal, très aboutis, et d’une manière générale, l’album s’inscrit dans la continuité de leur premier effort, même si certains titres se démarquent des autres dans leurs sonorités (le très doomesque «
Dirt » et la power-ballade «
Rooster »).
En raison de l’abus de substances illicites, le timbre de
Layne a changé, et se veut désormais plus plaintif. Pourtant, malgré la gangrène qui le ronge, le duo qu’il forme avec
Jerry Cantrell est ici au sommet de sa gloire, leur voix se complétant encore une fois à merveille, et donnant une autre dimension aux morceaux, comme si les deux artistes cherchaient à transposer en musique le profond mal-être qui les affectait lors de la composition de cet opus (par exemple sur l’excellent «
Sickman », avec son côté rampant et dissonant et «
Hate To Feel », sans parler du flamboyant «
Down In A Hole », véritable pierre angulaire de la discographie du groupe)…
Une fois encore produit sous la houlette de
Dave Jerden, l’album bénéficie d’un son puissant, écrasant, mais toutefois suffisamment propre pour distinguer clairement tous les instruments, ce qui permet aux titres de
Dirt de prendre toute leur ampleur.
Avec
Dirt,
Alice In Chains enfante dans la douleur d’un album qui reste une référence dans le genre, et dans le
Metal en général. Cette petite perle de
Grunge métallisé a tout pour plaire : une musique très travaillée, un univers sombre, et une production en béton, qui tient encore très largement la route de nos jours. Le groupe réussit également le pari osé de faire mieux que
Facelift, et rien que pour cela, ils méritent tout notre respect.
Cultissime et intemporel...