En 1985,
Gary Moore semble enfin avoir acquis un statut qu'il cherchait depuis longtemps. Il était devenu l'une des valeurs sûres du petit monde du hard rock après le succès exceptionnel de son excellent album live We Want Moore (1984). Aussi, au moment de s'atteler à un nouvel album, il fait appel à divers amis pour l'accompagner et pas des moindres. Si l'on note toujours la présence du fidèle Neil Carter, deux autres noms sautent aux yeux et il y a de quoi les écarquiller de plaisir :
Phil Lynott et
Glenn Hughes, soit deux des plus charismatiques bassistes/chanteurs de l'histoire du rock. rien que ça. Ben mon salaud...
Mais Moore ne réussit pas à gagner son pari. Pas tout à fait. En sortant un album tout à fait dans l'air du temps, avec des claviers modernes pour l'époque, kitsch de chez kitsch aujourd'hui, avec des singles destinés à cartonner, il assure le minimum syndical côté ventes (le disque terminera quand même à la 12ème place des charts en Grande Bretagne), mais il ne se renouvelle pas assez, appliquant une fois de plus une recette classique, proche de ce qu'il faisait déjà avec
Corridors Of Power en 1982 : un hard rock bien gras, ponctué de relents bluesy, marqué par des ballades classiques, mais que le bonhomme sait très bien mener avec sa voix éraillée.
Mais voilà,
Run For Cover, malgré ces qualités, reste un peu un album de plus sur la liste. Surtout qu'en définitive, on finit vite par tourner un peu en rond, la guitare peine parfois à se renouveler dans ses intonations. Alors certes, on dira que c'est le style de Moore, que le son de sa Gibson est toujours aussi jouissif. oui. Non. Mais... Peut-être.
Le title-track, le sautillant
Out In The Fields et classique incontournable, ou encore ce putain de
Military Man, écrit et chanté par Lynott sont parmis les pierres angulaires des morceaux hard de l'Irlandais balafré. On retrouve parfaitement un sens du rythme diabolique marié à une écriture simple qui permet des morceaux assimilables très rapidement. On taira la qualité des soli du monsieur. C'est presque indécent de songer qu'ils peuvent être complètement plats. Au contraire ! On retrouve là tout le feeling et la maestria de Moore, qui ne déçoit que rarement dans ce domaine.
Non, le problème ne vient pas de là. Ni dans la prestation des autres musiciens (Hughes est juste énorme), mais cette facilité qui fini par ennuyer plus qu'autre chose, avec en point d'orgue une nouvelle version du superbe
Empty Rooms. Une de plus. Et là, ça gave, parce que ce morceau est superbe, dans la lignée des grandes ballades du hard rock, mais quel est l'intérêt d'en proposer une nouvelle version ? Sinon celui de s'assurer un single qui va s'écouler par palettes entières ? Bref, à ce demander si
Run For Cover est motivé par l'amour de l'art ou par celui de s'arranger un peu de fraîche pépère...
Bref,
Run For Cover n'est pas mauvais. Pas exceptionnel non plus. On s'en contente aisément, on l'apprécie pour ce qu'il est, un bon petit disque de hard rock avec quelques moments (très) forts. Pas le meilleur album du balafré, ni le moins intéressant. Un de plus, en somme. Excellent choix pour découvrir l'artiste, certainement avec son petit lots de classiques. Puis le drame... Trois mois après la sortie de l'album, Phil Lynott fera une overdose chez lui. On le sentait un peu fatigué. Il était plus mal que ça. Il mourra début 1986... Et personnellement, une idole s'en est allée ce jour là. RIP man.