Kiss en 1989, c'est un groupe qui connait une sérieuse perte de vitesse. Difficile de croire que c'est le même groupe qui a su régaler le public avec des albums comme Destroyer, Love Gun,
Creatures Of The Night ou Lick It Up qui a pondu quelques années plus tôt un Crazy Nights sans folie, calibré pour plaire à un public nouveau, propre sur soi, qui a ériger Bon Jovi au statut de super star de la scène metal. Depuis plusieurs années, l'un des défauts majeur de
Kiss, à savoir celui de toujours vouloir être au contact des courants qui vendent (le disco à la fin des 70, le hard US dans le milieu des '80, FM un peu plus tard, etc...) commençait sérieusement à se retourner contre les musiciens, qui à force de bouffer à tous les râteliers, partaient en sucette au niveau de l'inspiration, sans oublier que
Gene Simmons avait passé près de cinq ans à favoriser sa carrière au cinéma plutôt que celle du big bisou.
Avec
Hot In The Shade,
Kiss revient à un style plus ou moins propre à l'image que l'on se fait du groupe, avec une collection de refrains entêtants, un sens de la mélodie simple et efficace, une batterie plus plombée, typique du jeu de
Eric Carr et cela aurait même pu être un bon album.
Aurait pu.
Parce qu'il ne faut pas exagérer, mais
Hot In The Shade est relativement long. Et près d'une heure pour un album de
Kiss, c'est réellement très long tant on a vite l'impression que les musiciens tournent en rond, qu'un effet de redondance dans le style s'invite rapidement à la party, près à jouer au gros beauf qui finira par vomir sur le canapé tout neuf. L'album n'est pas spécialement varié et le fait qu'il contienne 15 chansons est presque condamnable. Un disque de
Kiss fonctionne bien quand il est compact, court. là, il s'étend et de nombreuses plages ne sont là que pour le remplissage éhonté.
Stanley et Simmons se partagent équitablement le micro. Sept titres chacun. Sachant qu'il n'y a aucun instrumental, c'est donc Eric Carr qui chante sur un
Little Caesar convaincant, une première pour
Kiss depuis 1981 et The Elder : ils sont trois à pousser la voix sur le même disque. Les deux leaders ne se succèdent pas spécialement tout au long de l'album, tout dépend à chaque fois de qui compose. Parfois, on en arrive à regarder avec qui ils composent cette fois. Si on est à peine surpris de retrouver le faiseur de tube
Desmond Child sur le hit single
Hide You Heart, celle de
Michael Bolton a de quoi faire doucement ricaner. Surtout quand on constate que son implication se résume à la ballade
Forever, mignonne, mais aux paroles doucement mensongères pour du
Kiss (n'oublions pas que les deux musiciens principaux se sont toujours vantés de leur prouesses sexuelles continues ou presque...).
Hot In The Shade souffre grandement de sa longueur. S'en est son défaut principal. Amputé de cinq titres (au mieux), il tiendrait même bien la route. Là, il ressemble juste à une petite compilation de face B d'albums de
Kiss, pas franchement reluisant, malgré quelques bons titres ça et là, éparpillés au milieu de choses bien plus inutiles et finalement, entendu parfois ad nauseam. Un manque de renouveau flagrant qui met le doigt sur les carences créatives du groupe à cet album.
C'est presque méchant de ne pas être tendre avec cet album. En effet, c'est le dernier sur lequel Eric Carr assure la batterie, une forme très rare de cancer allait l'emporter le 24 novembre 1991, le même jour que Freddie Mercury. Dommage que ce soit sa dernière apparition en studio. Mais le disque n'est pas le plus important de la carrière de
Kiss et peut tranquillement passer à la trappe. La perte n'est pas très grande.