Lugubre Cénacle est de ces groupes discrets qui proposent pourtant une musique riche et pleine d’émotions. Et si le projet n’est pas encore vraiment connu dans un milieu hors de l’underground, la musique de
Lugubre Cénacle n’en est pas pour autant inintéressante.
C’est dans un climat de malaise que débute cette œuvre sombre et misanthropique. Au travers de samples baignés de claviers hypnotiques et froid,
Lugubre Cénacle nous présente-là un Dark Ambiant de haute volée, avec un esprit purement Black Metal.
C’est en effet grâce à des ambiances poisseuses et malsaines, empruntant tantôt à la musique classique, tantôt à des éléments plus extrêmes, que l’auditeur pourra être surpris en train d’errer dans les méandres d’un monde stérile et dévasté.
Avec un titre comme Requiem d’une Âme Perdue, on comprendra aisément la métaphore : cette âme perdue, c’est la nôtre. La nôtre, nous qui écoutons ce périple aux milles saveurs macabres et morbides. Avec ces morceaux horrifiques, l’âme de l’auditeur se promène, flotte, allant de visions carrément glauques et sinistres à des passages faussement lumineux comme sur Âme Versatile par exemple.
Etant presque entièrement instrumentale, l’œuvre de
Lugubre Cénacle peut parfois ennuyer et elle nécessitera plusieurs écoutes pour enivrer vraiment l’auditeur. Certains passages parfois longuets manquent de variété mais au final, on comprendra à quel point il est nécessaire d’user et d’abuser de ces passages atmosphériques pour plonger l’auditeur dans un état d’hypnose.
On notera un son de claviers très propre, très lisse qui rappelle vaguement celui du groupe de Doom Jääportit. Le son parait presque ‘aquatique’. Et cela accentue l’impression d’errance entre deux mondes, une errance dont on ne décide pas de la destination, mais où l’on n’est guidé que par
Lugubre Cénacle et sa musique ténébreuse et froide.
Des morceaux puisent leurs racines plus dans le Black Metal traditionnel comme en témoigne les guitares agressives de Dévolu au Mal dont la violence vient contraster avec les atmosphères planantes d’autres morceaux. Et c’est notamment sur ces morceaux plus Black que l’absence de chanteur de se fait ressentir. Il n’aurait pas été désagréable d’entendre, ne serait-ce que des cris plaintifs et décharnés, épars. Des groupes comme Hjarnidaudi offrent ainsi une autre dimension à leur musique lorsqu’un chanteur fait son apparition.
Et c’est d’autant plus frustrant que la présence de cris collerait parfaitement aux ambiances proposées par
Lugubre Cénacle, et ils viendraient transcender l’impact de chaque morceau.
Mais on s’habituera très vite à l’absence de vocaliste au sein de la formation, d’autant plus que la qualité de l’enregistrement occultera sans doute le reste. N’étant qu’une démo, Requiem d’une Âme Perdue bénéficie pourtant d’un son très correct, voire plutôt bon pour un style de musique qui peut parfois souffrir d’un mauvais son au niveau de la production. Ici, au contraire, l’esthétique véhiculée par le son de la démo colle parfaitement avec les atmosphères de
Lugubre Cénacle.
Avec cette démo,
Lugubre Cénacle présente une œuvre relativement glauque, une œuvre sur laquelle on aimerait sans doute entendre un chanteur s’exprimer, mais si on occulte ce détail, on se rend compte que la musique de
Lugubre Cénacle se suffit à elle-même et qu’elle nous transporte malgré tout.
Cet essai est à conseiller à quiconque en manque de malaise musical, en attendant un album très prochainement. Affaire à suivre…