Parfois, le fait d'être un chroniqueur amateur peut être salement injuste pour les groupes qui proposent des exemplaires promo pour leurs démos ou leurs albums. Souvent amateurs, ils confient le fruit de leur travail à un type qui aura presque le droit de vie ou de mort sur leur travail, leurs efforts, leur oeuvre. C'est profondément injuste. Un avis faussé, peu éclairé et la magie d'internet, noire évidemment, peut prendre des proportions funestes pour ce dit groupe. Pour
Virgin Chapter, cela aurait pu être le cas avec ce premier album autoproduit : pochette entre le kitsch moderne et le déjà vu, stéréotype d'une époque que l'on ne peut plus maîtriser, style musical pas franchement original, entre metal alternatif et rock larmoyant à la
Jeff Buckley.
Partant sur de telles bases, certains groupes se seraient complètement vautrés. N'auraient pas passé le stade de la première écoute sans essuyer des rires moqueurs et définitivement méprisants. Le chroniqueur amateur peut rapidement faire preuve de cruauté, du haut de sa position privilégiée. Il n'est pas sous le feu des projecteurs, il ne va pas devoir répondre à un courrier abondant le couvrant d'insulte, il n'aura pas à se justifier. Et pourtant, il sera lu, par de nombreuses personnes. Internet. Le bien et le mal des jeunes groupes.
Mais parfois, il faut aussi laisser les préjugés de côté. Parce que dans le cas de
Virgin Chapter, si le groupe n'a pas créé le riff à couper la tôle, on a droit à une belle série de compositions, bien écrites et surtout, bien interprétées. L'originalité n'est pas forcément de mise. A l'heure où le metal vit ses plus extravagantes mutations, il est bon de voir que certains combos se moquent des modes et joue la musique qui lui plait, entre moderne et envies un peu plus passéistes. Il n'y a rien de péjoratif là-dedans.
Parce qu'il est difficile de ne pas être ému par la voix de EnDIEsSjOe (on a le droit de détester son pseudo en revanche), qui est à la fois envoutante et fragile, toujours au bord de la rupture comme le prouve sa prestation délicate sans être larmoyante sur
The Foreigner, à vous filer la chair de poule. On pense à Jeff Buckley, ce regretté Jeff Buckley, donnant une impression d'y aller au feeling plus qu'à la maîtrise, le résultat ne sonnant que plus authentique. Et bizarrement, sur
Pour Ton Retour Final, la magie n'opère pas. Serait-ce du à des paroles en français ? Mystère, mais la prestation est loin d'être convaincante.
Musicalement, le groupe aime allier une lourdeur des riffs à une délicatesse dans l'écriture, souvent représentée par une ligne mélodique subtile, ou signifiée par l'apport reposant d'une guitare acoustique. Passant d'un riff basique à une ambiance plus malsaine (
What's Your Name) ou moderne (les scratchs sur
No More Love Song). Si le plus beau est à venir sur la ballade finale,
Until My Eyes Keep Opened, gorgée de feeling (même si on a une légère impression de déjà entendu), on peut regretter une durée limitée (à peine plus d'une demi heure) et certains morceaux qui font un peu remplissage.
Virgin Chapter peut être fier du travail accompli, même si le chroniqueur amateur aurait aimé quelque chose d'un peu plus conséquent. Parce que ce chroniqueur amateur peut aussi devenir un con et jouer son blasé de la vie. Mais il convient d'encourager ce jeune groupe qui a de bien belles choses à dire et qui possède une espèce de charme addictif, qui devrait très normalement découlé sur l'attente d'un nouvel album qui n'en sera que meilleur. Ecoutez-donc l'album, ce sera le meilleur moyen de vous en faire une idée.