Difficile est le travail du chroniqueur amené à soulever les problèmes, éteindre la flamme et parfois décimer l’espoir du jeune groupe qui lui confie avec appréhension son premier album. Au-delà de la boucherie littéraire sur laquelle peut tomber l’entité en quête de gloire, il n’est pas rare que l’abject critique déclare l’œuvre positive. En cela, Eryn Non Dae est roi, car le travail effectué sur Hydra Lernaia interdit l’incinération.
Il y aurait pourtant nombre de choses à dénoncer dans ce premier essai. Eryn Non Dae n’invente rien. Eryn Non Dae ne s’affranchit de rien. Sans surprise à l’écoute de Hydra Lernaia, Eryn Non Dae reproduit le schéma classique des formations débutantes, schéma évidemment sans gravité. En bref, Hydra Lernaia est relativement un mélange de
Meshuggah pour les structures asymétriques, de
Hacride (époque
Deviant Current Signal) pour le bruitisme vocal et de
The Dillinger Escape Plan pour l’aspect barré. Pourquoi « évidemment sans gravité » alors ? Les premiers albums sont souvent composés sans pouvoir échapper aux influences du combo. Nos Landais préférés de
Gojira, malgré trois démos à leur actif, n’ont pas pu s’extirper de
Morbid Angel dans
Terra Incognita, et encore maintenant, de nombreuses formations reproduisent le problème et ce, pas forcément dans leur premier album. Et c’est là que Eryn Non Dae pourrait s’en sortir.
Car les français puisent certainement dans leurs idoles, mais il se dégage une particularité de cet album qui le fait sortir du lot. Sa noirceur déjà, dépasse de loin toute œuvre de
Meshuggah sans être pourtant particulièrement froide. Le nihilisme ambiant qui se dégage de l’opus fait froid dans le dos et les coupures arpéges d’un « Existence Asleep » très mesuré n’y sont pas pour rien. Eryn Non Dae confine son auditeur dans un tourment fait de trous noirs et de spirales de souffre. Le groupe va loin dans les ambiances, et ce n’est pas les cris incessants du chanteur (souvent le défaut majeur de ce type de musique) qui vont nous extirper du brouillard, préférant nous enfoncer plus loin encore dans le gouffre sonore produit par ces malades de la rythmique sans fin. Et même si certaines accalmies viendront ponctuer certaines pièces, on se sentira sans cesse tourmenté, véritablement agressé. Eryn Non Dae joue un Metal moderne, aux structures très alambiquées, aux ambiances dérangeantes et aux relents Noisy particulièrement jouissifs (« When Time Elapses », « Blistering
Hate »). Et c’est en conjuguant à merveille tout ces aspects que la formation risque bien de devenir majeure dans le paysage français.
Eryn Non Dae a bien choisi son titre d’album. Son Hydra Lernaia est un mélange des genres incroyable, loin de toute recherche bancale, loin de l’échec auquel on peut s’attendre avec ce type d’exercice. En révélant autant de capacités à composer dans une grande diversité de genres, il fait placer tous les espoirs en lui. Alors oui, le chant est vite insupportable, pour ceux qui ne supportent déjà pas celui de
Meshuggah. Répétitif, sur le même ton, il lasse vite malgré l’apparition de passages chuchotés. Oui, Eryn Non Dae puise, repuise comme moults groupes. Mais Eryn Non Dae témoigne d’un talent certain. Il s’asseoit sans problème sur l’un des sièges du Metal moderne en délivrant au public un premier essai vraiment bon, riche d’idées (notamment les ambiances, sur l’interlude « Lam Tsol Oua » par exemple, propices à plus de développement) et superbement construit. Les morceaux ont chacun leur personnalité, leur âme et on est littéralement happé par certaines parties titanesques (le final de « Echoes of Distress »). De plus, un jeune groupe usant aussi bien de la basse et sachant composer de telles perles progressives (« Pure ») ne peut pas passer inaperçu. A se procurer, surtout pour les dégénérés.