Imperium Dekadenz… ce nom, qu’on pourrait traduire par "la décadence de l’empire", ne vous dit peut-être pas grand-chose. Il est vrai que le groupe allemand ne compte pas parmi les formations les plus renommées de la scène black metal européenne et ne dispose ni d’une promotion de rouleau-compresseur, ni d’une image sulfureuse bâtie sur un quelconque meurtre sordide ou une peine de prison…
Cependant, les natifs de la Forêt Noire ont déjà acquis une réputation positive dans le milieu underground avec deux premiers albums prometteurs.
Procella Vadens, leur première sortie chez Season Of Mist, représente donc un réel défi pour un
Imperium Dekadenz a priori désormais mieux distribué et donc plus exposé médiatiquement.
Si le groupe a parfois été associé à la scène black metal dépressif de par les thèmes et les ambiances qui se dégagent de ses compositions, l’écoute de ce disque remet rapidement les choses à leur place.
Car l’aspect black dépressif n’est ici qu’une composante mineure de la musique des Allemands, qu’ils parent de dimensions bien plus variées, n’hésitant pas à alterner entre un black metal atmosphérique et lugubre (
Lacrimae Mundi), un magnifique morceau instrumental à la guitare sèche et au clavier (
À la Nuit Tombante), ou une intrigante musique d’ambiance antique accompagnée d’un chant féminin orientalisant qui aurait tout à fait eu sa place dans des films tels que "Gladiator" ou "300" (
The Descent Into Hades). Certes, le tout n’est pas immédiatement cohérent et la démarche de la formation allemande peut parfois paraître obscure, mais on ne tombe jamais dans le kitsch, et rarement dans la facilité.
Des titres comme
An Autumn Serenade ou
A Million Moons, véritables pièces maîtresses de ce disque, démontrent un certain penchant progressif chez
Imperium Dekadenz, qui n’hésite pas à y développer, sur une dizaine de minutes, des ambiances et émotions contradictoires, entre guitares acoustiques cristallines, envolées majestueuses, claviers mélancoliques, voire même passages plus clairement orientés doom.
Symboliquement, à la manière du cycle annuel et des saisons qui se succèdent, l’album commence comme il se termine, sur ce titre en deux parties :
Die Hoffnung Stirbt... ("L’espoir meurt…") -
…Wenn der Sturm beginnt ("…quand la tempête se lève"). Ces deux morceaux de piano, pouvant être considérés comme deux parties d’un tout, viennent renforcer l’ambigüité qui plane sur un album qui peut s’écouter en boucle, dans l'ordre ou le désordre, mais toujours avec ce fil conducteur de la mélancolie et de ce froid vent nordique qui en fond, semble se répéter à l’infini, à l'image même du chant hurlé, plaintif et lointain qui anime cet opus.
Le choix délibéré fait par
Imperium Dekadenz de privilégier l’ambiance et l’atmosphère avec ses longues plages épiques en mid-tempo, son goût prononcé pour les interludes instrumentaux et les mélodies éthérées, vont certainement rebuter ceux qui recherchent avant tout chez un groupe de black la crudité, la violence et une forme de bestialité sans concessions.
Mais ceux qui sont sensibles à la vision d’un black metal plus "romantique", voire épique, risquent d’être touchés et conquis par l’énigmatique noirceur développée par le groupe, évoquant à la fois une nature mystique, la solitude humaine, la puissance des éléments, une profonde mélancolie et une nostalgie pour les temps anciens (en l’occurrence l’Empire Romain) faisant écho au mouvement romantique des XVIII et XIXème siècles (notamment allemand avec Goethe ou Schiller, mais aussi français puisque
A la nuit tombante semble faire directement allusion au poème "Nuit Tombante" écrit par un certain Victor Hugo...).
Au final, il flotte perpétuellement sur les titres qui composent cet album un parfum de mystère, une brume impénétrable qu'incarne à la perfection sa pochette représentant un homme seul pris dans la tempête, au bord du gouffre. "Chef d'œuvre" est peut-être un terme excessif, mais cet album d'
Imperium Dekadenz est une bien belle réussite à découvrir en ce début 2010.