Apparemment, l’imagination de Morten Veland s’épuise moins vite que ses chanteuses ! Après la française
Fabienne Gondamine, c’est désormais une certaine
Henriette Bordvik, norvégienne de sa nationalité, qui assure le chant féminin. Est-ce qu’on perd au change, est ce qu’on y gagne ? Franchement on ne s’aperçoit guère de la substitution. Les deux ont des voix très similaires, et des techniques de chant à peu près identiques.
Beaucoup des éléments qui composaient
At Sixes And Seven sont restés en place : chant growl de
Morten Veland alterné avec le chant féminin, chœur à la
Therion, passages de piano, son très « propre », avec en général très peu de distorsion.
Les compositions ont une certaine tendance à la linéarité, mais c’est une caractéristique générale du metal gothique. Dans l’ensemble, elles révèlent une volonté de progression et de renouvellement, de ne pas rester seulement dans le style et la lignée de
At Sixes And Sevens, mais de donner une véritable personnalité à cet album, et différente de la précédente. Conséquemment, diverses tendances ont étés piochées à droite à gauche, et amalgamées au reste avec plus ou moins de bonheur.
Certaines sont excellentes, en particulier
Sevens Sirens and a Silver Tear, la chanson finale de l’album, qui fait se répondre les sons de deux pianos. On à l’impression d’entendre un véritable dialogue musicale entre les deux instruments… Le chant féminin un peu distordu de
The Fall Within, ou la petite musique cristalline de
Star Crossed sont également en accord parfait avec l’esprit du gothique.
En revanche les chœurs de
A mental Symphony, à l’origine monastique, mais dans le style Dies Irae, ont une curieuse consonance. La tessiture trop grave, la puissance et la menace qu’ils évoquent, et la lenteur qui va de paire, tout cela leur donne au final un vague style de chœur militaire qui n’est pas du meilleur effet.
Les opinions peuvent varier sur le chant hard rock qui fait le reste de la chanson, mais il est difficile de le mettre au compte des détails positifs. Et si on y rajoute l’introduction mi néoclassique mi expérimentale de
Euphoria, plutôt raté, et quelques détails du même genre, cela fait un peu trop d’éléments discutables.
Fort heureusement, le reste est dans un style gothique absolument fabuleux, déchiré entre les ténèbres et la lumière, puissant et irrésistible, dans la grande lignée du doom et du death ; bref, du gothique comme on l’aime. Mais c’est bien la première fois qu’un disque de
Morten Veland souffre la contradiction…
Un album paradoxal donc. D’un côté un chef d’œuvre du genre, de l’autre un étrange glissement… Il est vrai que c’est un peu un trait commun des groupes de gothiques : une certaine difficulté à se renouveler, une fois passé les premiers albums, qui pousse à des innovations plus ou moins heureuses…