L'hélium est un gaz léger, incolore, inodore et non toxique. Ce n'est pas forcément le nom rêvé pour une formation de rock/metal, surtout quand on se souvient en ricanant des altérations rigolotes qu'il opère sur la voix. Pourtant, ce nom sied fort bien à cette formation parisienne, jeune et déjà entreprenante.
Formé en 2008, on peut se demander si enregistrer un premier EP en 2009 n'est pas quelque part brûler les étapes, avoir les yeux plus gros que le ventre, le son étant tout juste dégrossi en live et la formation voyant son line-up tout juste soudé. Une initiative qui peut paraître ambitieuse ou suicidaire de nos jours, mais qui, finalement, est très bien menée par le jeune groupe, impressionnant de maîtrise et de confiance.
En effet, il est difficile de rester insensible à la mélodie de guitare acoustique qui ouvre le morceau
Talk To Me, entre
Opeth et
Jeff Buckley dans l'esprit. Une mélodie simple mais envoûtante, limite doucereuse, qui dessine une ambiance un peu triste, toute en nuances, allant plus vers le gris que le noir. Le chant de Wire se place, subtilement et on reste en arrêt face à cette voix chaude et mélancolique, superbe. L'homme est impressionnant, il véhicule des sentiments en susurrant, puis en haussant le ton sans donner l'impression une seule fois de forcer. Tout du long, il sera l'un des hommes à suivre, mais ce serait in juste de focaliser la réussite de l'ensemble sur sa seule personne. Le chanteur apparait souvent comme le guide spirituel pour l'auditeur. Ici, il faut également se pencher sur le reste de la formation.
Helium pratique une musique héritée des années 90, entre grunge, fusion et rock progressif ou non. La section rythmique se veut donc vigilante, apportant une bonne dose de groove alliée à une maîtrise carrée de cet art. La batterie claque, avec des cymbales qui résonnent longtemps, accompagnée par une basse qui ronfle agréablement. Du pain béni pour les deux guitaristes qui tricotent soigneusement leurs riffs. Rien de bien spectaculaire, non. Il y a un feeling derrière tout cela, entre acoustique et électrique, qui veut que le groupe ne cherche pas à se prendre la tête, ni à ennuyer l'auditeur. Certains passages tendent vers des lignes résolument funky (
Drown), d'autres voient les guitares se faire de plus en plus acérées (
Wind Currents) et chaque morceau a son moment de gloire, aucun n'est désespérément muet, aucun ne sombre dans une facilité stylistique. Les soli sont concis mais utiles à l'ensemble et des sonorités plus electro dans l'âme viennent s'incruster sans dénaturer le son de base.
Helium a choisi d'apporter des samples pour donner un cachet résolument moderne à sa musique née des années 90. Parfois plus rock que résolument metal, le groupe saura plaire à un public très large, pour peu qu'on lui laisse sa chance. Et si ce maxi se veut le prélude d'un album plus conséquent, on ose espérer un disque d'une qualité similaire, voire encore meilleur, vu que malgré sa courte durée (six titres pour à peu près une demi-heure), la barre a été placée assez haut. Chapeau bas.