Orgasmatron avait surpris son monde en 1986, quand après deux ans de silence,
Motörhead était revenu sur le devant de la scène avec cet album très heavy, sans réelle finesse, mais développant une puissance inédite pour la bande à Lemmy. La présence du batteur
Pete Gill, ancien
Saxon, n'est pas étrangère à ce revirement. Mais ce dernier tombe du navire et aucune bouée de sauvetage ne lui sera envoyée pour qu'il puisse remonter.
Motörhead vit-il une nouvelle crise ? Pas vraiment puisque l'on voit le retour du mythique
Philty Animal Taylor derrière les fûts. Pour les fans, c'est un signe fort.
Dès le premier morceau éponyme, on reconnait d'ailleurs la frappe particulière de l'ami Taylor, sèche mais efficace. Une guitare énervée vient lui répondre et on se retrouve avec un bon brûlot de derrière les fagots, comme
Motörhead en a tant composés, mais qui ne sera pas capable de faire de l'ombre à un classique de la trempe de
Overkill. On retrouve également ce son typiquement rock'n'roll cher à Lemmy. Et ça tombe bien, c'est exactement le nom de l'album. Tu parles d'une coïncidence ! Taylor de retour au bercail après quatre ans d'absence, un album qui s'appelle Rock'N'Roll et qui tape pile-poil dans le rock'n'roll cradingue, c'est du pain béni pour tous les fans du combo.
Malheureusement, le goût de béni en a un autre, plus insidieux : celui du quelconque. Parce que mine de rien, malgré quelques morceaux qui sortent véritablement du lot (le title-track donc,
Eat The Rich qui a servi pour la bande-son du film du même nom de Peter Richardson, ainsi que le mouvementé
The Wolf qui réussit à accentuer le côté prédateur du groupe), d'autres sonnent comme une espèce de remplissage de qualité. Rien n'est franchement étonnant, le jeu de Taylor est correct sans plus (on notera toutefois qu'il a beaucoup perdu en quelques années) et surtout, cette impression de déjà entendu, ce retour à un son proche de ce que
Motörhead proposait au début des années 80 ((i]Blackheart[/i] au style "Fast Eddie Clarke" flagrant...) fait que ce disque devient rapidement prévisible.
Pourtant,
Motörhead n'est pas connu pour être un groupe capable d'une grande marche de progression. Cependant, cette fois-ci le retour en arrière est flagrant, Lemmy joue la carte de la nostalgie et propose un album qui a au moins cinq ans de retard par rapport aux productions modernes ; autant Orgasmatron pouvait prétendre se montrer digne de la progéniture monstrueuse de la formation (
Metallica en tête), autant celui-ci ce fait plus discret, plus évident et bien moins virulent pour accrocher de nouveaux fans et récupérer ceux qui ont sauté des wagons avec l'avènement du thrash, une forme plus absolue de
Motörhead pour faire simple.
Rock'N'Roll n'est pas forcément un mauvais album, il demeure appréciable pour les néophytes ou pour les fans. Mais en le remettant dans son contexte, on constate que
Motörhead commence à marquer le pas et qu'il se dirige droit vers une nouvelle période riche en difficultés. Tout est cyclique...