Avec Killer,
Alice Cooper avait passé la vitesse supérieure, s'assurant de bonnes ventes grâce à des hits en puissance (
Under My Wheels,
Desperado...), aussi il avait de quoi voir l'avenir plus sereinement. Pourtant, il s'attèle très vite à la composition et à l'enregistrement de ce nouvel album, paru en 1972, qui prend un chemin plus ambitieux que son grand frère, sans pour autant se montrer aussi fulgurant.
L'équipe reste inchangée. Les musiciens sont les mêmes, le producteur également. En revanche, la façon d'aborder la musique évolue. Ici, le
Alice Cooper Band se lâche un peu moins, les morceaux paraissent du coup plus compact et le disque se montre plus entier, moins varié. Bien sûr, il y a le titre éponyme, placé en ouverture, très rock et jouissif de bout en bout, avec une guitare presque malveillante, sournoise et vindicative, tandis que Alice nous sert un chant agressif, malsain et torturé, pendant que des enfants hurlent leur joie. L'école est finie, c'est le temps des vacances, de l'insouciance et surtout, le temps où l'enfant grandit, où il change énormément.
Ce détail a toute son importance sur cet opus, vu que l'adolescence est un thème générique que l'on retrouve en fil rouge tout du long. Mais pas n'importe quelle adolescence, pas celle qui se dorait la pilule sur la plage entre deux séances de surf (et le grand requin blanc reste plus sympathique que n'importe quel slasher pour ce débarrasser de cette engeance !), plutôt celle qui a des problèmes et qui forme des groupuscules dangereux. Les morceaux de West Side Story détournés et pastichés ne sont pas un hasard. La comédie musicale a été un grand succès (bon, c'est Robert Wise à la réalisation aussi...) et montrait bien les travers de l'Amérique actuelle face aux jeunes désoeuvrés. La Fureur de Vivre n'est pas loin non plus, on pourrait presque dire avec un sourire circonspect que le fantôme de James Dean plane sur ce disque.
Sur School's Out, les morceaux se veulent d'une durée standard, il n'y a pas de grands écarts comme sur Killer. La composition est en revanche plus travaillée car exception faite du titre éponyme, les chansons ne sont pas franchement directes, elles prennent le temps de se développer, explosant au gré d'un refrain (
Gutter Cat Vs. The Jets) ou d'un solo qui vient se greffer à un ensemble, sans être démonstratif ou impressionnant comme chez
Led Zeppelin, mais qui fait son effet car apporté avec simplicité dans une structure rythmique bien plus complexe qu'il n'y parait.
Alors on retrouve toujours la gouaille et l'aspect théâtral lié à
Alice Cooper, mais de façon plus discrète. School's Out n'explose pas à la gueule, il se développe en douceur mais du coup, ne libère pas autant de compositions évidentes. Chercher le hit en puissance n'est pas chose aisé. Il y a
School's Out, évidemment, mais après, cela se joue au feeling, la relation que l'on parvient à tisser avec les diverses chansons qui émaillent ce disque particulier, étrange même pour son époque où la folie créatrice était à son comble. Rien n'est mauvais, mais tout est tellement conceptualisé qu'entrer pleinement dans cet album s'avère être un défi à relever, une quête du Graal.
School's Out est un poil de cul plus faible que Killer, un poil de cul plus faible que Billion Dollar Babies, situé simplement entre les deux, mais avec eux, il forme une espèce de triplette magique à faire pâlir d'envie plus d'une formation. A cette époque,
Alice Cooper n'est pas encore au sommet de sa gloire, mais cela ne saurait tarder. Il s'impose juste avec classe en proposant un album difficile d'accès, riche en influences et manquant cruellement de singles potentiels, excepté
School's Out donc. Un disque étrange, mais terriblement attachant.