Le
Alice Cooper Band ne perd pas de temps, désireux de conforter le succès (d'estime, certes, mais
I'm Eighteen reste le premier hit du Coop') de Love It To Death et enregistre Killer assez rapidement. Cette fois-ci,
Bob Ezrin s'implique également dans l'écriture des morceaux et le groupe va alors prendre une autre dimension.
La pochette est d'une simplicité extrême : rouge, avec une tête de python, un animal qui a toujours fasciné
Vincent Furnier et qui représente un tueur implacable de la jungle. Nous sommes en 1971 et le schock rock va prendre un tournant décisif avec ce disque. En effet, pour l'époque, difficile de faire plus malsain.
Alice Cooper se complait à dépasser les bornes sans aucune retenue, distillant son venin sans parcimonie, à travers une musique très ouverte, qui dépasse de loin le cadre du hard rock basique de l'époque. La voix de Furnier y est pour beaucoup, bien sûr, capable de passer du mélodieux à quelque chose de très éraillé, profondément sale, une façon très théâtrale de s'illustrer derrière le micro qui fera également la renommée du groupe. Musicalement, il ne faut pas grand chose pour créer un climat d'angoisse, où l'on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé.
Oscillant volontiers entre un rock dur et des morceaux plus légers, voire ambitieux dans leur construction (il n'est pas si étonnant que cela de penser à King Crimson en écoutant
Halo Of Flies), Killer est un disque court, compact, mais qui marque les esprits. Il suffit de se pencher sur le cas de
Dead Babies, glauque au possible, qui se présente comme une ballade avant de monter en puissance sur un refrain sans élégance, qui vient juste appuyer là où ça fait mal. Un morceau particulier, qui a failli disparaitre du pressage original pour ce qu'il évoquait. Depuis, il est devenu un des classiques du groupe. Comme quoi...
On se laisse aspirer par ce déluge de rock'n'roll froid et insidieux, qui prend diverses formes, qui se fait caméléon pour mieux nous surprendre. Difficile de trouver la logique entre
Under My Wheels, trépidant et gorgé d'humour noir et par exemple
Desperado, composé en hommage à
Jim Morrison, décédé plus tôt dans l'année, qui se présente comme une ballade aux ambiances texanes, où la guitare se réveille de façon exquise sur le refrain, encore une fois. Difficile de jauger à la fois l'amusante
Be My Lover et l'une des pièces maîtresse de ce disque qu'est le title track. Rien n'est pareil, chaque morceau a une vie qui lui est propre, même si l'on retrouve la marque de
Alice Cooper sur chaque composition. Des ambiances, des harmonies particulières qui, mariées à la voix d'Alice, prennent une dimension grand guignolesque irrésistible, noire, sales. C'est malsain, c'est presque britannique dans la manière où l'humour relatif au combo est amené. Il suffit de jeter un coup d'oeil aux pages centrales du livret pour se faire une idée de l'état d'esprit qui animait la formation à l'époque.
Sans les dégénérescents
Hallo Of Flies et
Killer, baroques, décadents et surtout, très travaillés, ce disque aurait-il eu la même saveur ? Certainement pas, même s'il aurait été dans le haut du panier des sorties rock/hard rock de l'époque. Ces deux titres contribuent à faire passer cet album au rang de classique du genre et leur construction permet au groupe de peaufiner leur jeu de scène. Le Grand Guignol. Le schock rock dans toute sa splendeur, à une époque où ce genre musical était fédérateur.
Alice Cooper se pose comme le vilain petit canard, vicieux et morbide, mais indéniablement génial.
Bien sûr, le poids des années a laissé des traces, entre les cuivres qui sonnent datés, les mélodies qui trahissent forcément le début des années 70 et en même temps, il reste intemporel dans son genre, un disque qui fut un OVNI avant de devenir un classique indéboulonnable du genre. Ensuite, une question reste ouverte et ne connaîtra jamais de réponse, très certainement : comment
Kiss a-t-il fait pour avoir du succès alors qu'aucun de leur album n'arrive à avoir cette diversité et surtout, cet aura ?