Certaines cicatrices perceptibles mystifient, parfois, ceux qui s’en contentent et ce afin de juger du caractère particulier de ceux qui se cachent derrière ces apparentes allures trompeuses. Nul ne pourra véritablement contester, en effet, que la nationalité saxonne, que son patronyme ainsi que la présence, en son sein, du batteur Uli Kusch (ex-Helloween) fait naitre, à l’égard de Ride The Sky, une suspicion légitime quant à sa connivence artistique avec, justement,
Helloween. Pourtant à l’écoute de ce New Protection, premier effort de ces allemands, c’est davantage dans les ascendances des teutons de Masterplan, et des suédois de Tears Of Anger, qu’il nous faudra chercher une certaine consanguinité.
Mais cette véritable parenté est-elle réellement plus étonnante que celle trompeuse qui nous aurait induite en erreur en nous faisant immédiatement songer à
Andi Deris et à ses comparses ? Pas nécessairement si l’on observe, qu’outres Uli Kusch, l’entité Ride The Sky s’exprime au travers de la voix de Bjørn Jansson dont on sait qu’il est, aussi, le chanteur du groupe scandinave déjà évoqué.
Ainsi ce New Protection apparait comme la vision commune de ces deux univers dans laquelle s’unissent ces deux concepts pas véritablement contradictoire. Reprenant le propos dans une réflexion double, qu’il aura, tout de même, épuré de la face systématiquement obscure et la plus tourmentée de Tears Of Anger pour la substituer par une musicalité souvent plus enjouée, Ride The Sky nous offre donc un manifeste dévoué à une musique mélodique au confins trouble d’un Heavy parfois Power, ou d’un Hard parfois Heavy.
L’ensemble demeure plaisant et nous emmène dans les entrelacements de titres plutôt efficaces et séduisants où les constructions simples et directes fonctionnent aisément. En des tempos, souvent, mesurés, en des mélodies souvent allègres, tels que sur New Protection, mais aussi, parfois assujettis à une certaine anxiété pesante, tels que sur Break the Chain; le groupe s’attache à composer des nuances relativement attractives. A cela il ajoute les quelques notes plus subtiles, et intimistes, de clavier et de piano tels que sur certains passages de Silent War. Il sait aussi se faire plus prompt et progressif tels que sur The Prince of Darkness, ou encore composer des refrains très réussis (Silent War, ou encore, par exemple, l’excellent Corroded Dreams). Jouant de ses différents atouts, il bâtit alors une œuvre variée et attachante.
Bien évidemment elle n’est pas exempte de tous défauts. Evoquons, tout de même, cette musicalité qui dans l’excès de ces aspects les plus ‘‘joyeux’’ bascule parfois dans une mièvrerie consternante tels que sur l’affligeant A Smile from Heaven's Eye. Parlons encore de ce chanteur qui s’il œuvre de manière irréprochable demeure, sans aucun doute, moins caractéristique et, n’ayons pas peur des mots, moins bon qu’un Jorn Lande auquel on ne pourra, fatalement, s’empêcher de le comparer.
Quoiqu’il en soit ce New Protection offre de nombreuses qualités non négligeables pour ne pas s’égarer dans un oubli injuste. Développant une musique, certes pas révolutionnaire, ni même réellement marquante, proche de celle de Masterplan et de celle de Tears Of Angers; l'album saura contenter ceux qui, dans une indulgence méritée à l’égard de Ride The Sky, sauront faire l’effort de surmonter des aprioris ineptes.