Très attendu dans les rangs du Black Metal, Funeral Mist a su se faire remarquer grâce a des démos plutôt sympathiques. Des démos réussies, certes ! Mais Salvation n'est pas simplement la suite de ces dernières, ou une pâle copie de true black comme, finalement, on en fait à la pelle. Non, Salvation se place au dessus de cela, il se place en contemplation, tant du
blasphème violent que du divin message religieux. Certains textes en Latin, arrivés tout droit de psaumes, laisseraient presque à penser qu' Arioch entre en communion avec Dieu... d'autres sont bien plus brutaux, se plaçant à l'antithèse de tout cela. Abcès de souillures et de pensées plus sombres que ne peux l'être le noir, Funeral Mist alterne ces deux points de vue. Souffrance abominable, horreur et haine rampante, rentrée, transcendant l'auditeur et l'amenant à, lui-même, éprouver des sentiments directement sortis des abysses infernaux, de dégoût et de douleur. L'album est en fait très fragmenté, tout en gardant bien-sûr une unité. Cette fragmentation est très osée, car elle aurait réellement pu faire perdre du rythme et de l'intensité à l'Art Noir dégagé par le groupe. Mais Funeral s'en sort à merveille, insistant fortement sur le côté religieux et poussant le concept jusqu'à créer une sorte de facette miroir, d'un côté contemplative et de l'autre blasphématoire. L'alliage se veut violent, sans transitions, passant de black metal obscure et "raw" à chants liturgiques monacaux. Un défi largement réussi, principalement sur les deux piliers de l'album, qui ne sont autres que les chansons les plus longues ("Circle Of Eyes" et "In Manus Tuas").
D'un mauvais goût et d'une ironie poussée à l'extrême, tant sur la pochette que dans le nom des titres ("Perdition's light", "Holy Poison"...), le groupe faisant tantôt penser à un
Marduk pourrissant, tantôt à un Glorior Belli à l'ambiance sacrificielle, la musique décadente, rapide, mortifère de Funeral Mist est à la limite entre le génie et l'ironie. On décèle par moment une sorte d'échange dans le chant. Comme si deux entités opposaient leurs idées, violemment. Très rentre-dedans, l'album garde une grande finesse, et une ambiance moyenâgeuse atroce, ou la Peste et la Haine sont maîtresse. L'atmosphère glauque et désespérée est loin d'être une originalité dans ce style, mais est bien utilisée dans l'ensemble. Rappelant à nos mémoires des passages du 7e Sceau tant l'ambiance y est similaire, Salvation est d'une efficacité grandiose, où l'on a envi de s'attarder sur des détails, mais où la cadence du disque n'en laisse pas le temps. Difficile, donc, à savourer, mais sublime, même durant certains moments où la simplicité des plans est déconcertante.
Au final, Funeral Mist livre ici une sorte de 'concept album', odieux et superbe, doté d'une aura très religieuse. Un disque à posséder, à écouter, et à ré-écouter !... A savourer dans un ultime instant de folie.