Troisième album du groupe de folk métal irlandais, et apparition d’un nouveau thème, attendu de longue date. Jusqu’ici, les chansons parlaient de légendes, voire du seigneur des Anneaux ou d’histoire paysanne, mais le groupe est résolument passé à la partie noire de l’histoire de l’Irlande : évidemment l’occupation Anglaise, et plus précisément la guerre en Irlande du nord, qui elle dure depuis 1969 et, malgré les accords de paix, continue de couver sous la cendre…
Pourquoi ce glissement et pourquoi à ce moment là ? Dangereux de s’aventurer sur ce terrain, mais en 2000, le processus de paix commençait à déraper sérieusement. Par ailleurs il commençait à être sérieusement question du désarmement de l’IRA…
Dans cette perspective, une chanson enflammée comme
Bloody Sunday prend une tout autre dimension, mais c’est vrai qu’à ce moment là ou à un autre… C’est une évocation des évènements tragiques de 1972, quand l’armée britannique avait ouvert le feu sur une manifestation catholique, faisant quatorze morts. Elle commence sur le bruit de la foule en colère, que percussion et guitare remplacent progressivement. En deuxième temps, un air de flûte lance le rythme, puis en troisième la batterie et enfin le chant. Une voix de femme pleine de rage, chantant le jour où les Anglais ont une fois de plus massacré son peuple… Quand on ne sait pas tenir un fusil, on se bat avec ses chansons.
Après une transition instrumentale,
Death of a Gaël revient dans le registre des légendes. Selon leur méthode favorite, un air de flûte introduit la batterie et la guitare, puis la voix féminine, doublée, qui est cette fois douce et mélancolique. Elle raconte la mort d’un guerrier gaël, pris dans une tempête de neige en tentant de rejoindre son épouse…A noter un bel air de bouzouki, intercalé au milieu.
The Rocky Road to Dublin revient un peu dans le répertoire patriotique, mais cette fois avec une voix d’homme et un chœur masculin. Le rythme rapide et la structure en récit sont tirés d’anciennes chansons populaires, dont on a un peu l’équivalent avec la complainte de Mandrin et ce genre de chose. Mais le rythme est incomparablement plus rapide, et l’intro au bodhran, sourde et basse, tout ce qu’il y a de plus Irish. Elle est écrite dans un anglais abominable, pour rappeler l’accent paysan du héros, qui quitte son village natal pour aller à Dublin ; et une fois sur place, a des démêlées avec « les gars de Liverpool »... qu’il se trouve contraint de jeter à l’eau.
Conformément à leur habitude, ils ont laissés dans l’album une petite trace des tendances black de leurs origines, qui se trouve être dans
Ossians Return. Un départ à la batterie et guitare saturée, puis un hurlement bref, et on revient à des choses calmes avec la voix féminine et le synthé ; mais la voix masculine, doublée, revient ensuite dans un style beaucoup plus death que d’habitude. D’accord, il y a aussi des airs de mandoline et de flûte en accompagnement, et un passage lu, ou voix féminine et masculine se succèdent, ainsi qu’un bel air de bouzouki mais bon y a quand même un petit souvenir black. Quand à Ossian, c’est un barde irlandais du IIIème siècle, fils d’un guerrier légendaire ; ses poèmes ont étés redécouvert (ou inventés) au XVIIIème et ont marqués l’époque.
Vient ensuite
Spancill Hill, le chant d’un exilé se rappelant les amis et la jeune fille qu’il a laissé en quittant son village natale… Elle débute sur des chants d’oiseau et un air d’elbow pipe (un genre de cornemuse), et est interprétée par le chant masculin accompagnée à la flûte et aux percussions, et parfois par le chant féminin. La voix est lente, plus âpre et nasillarde, inspirée d’un style populaire ancien qu’on trouve un peu partout en Europe, un style de paysan et pas de musicien ambulant ou professionnel.
Avec
The Children Of Lir on revient ensuite dans les légendes de l’Île Verte, avec la vieille histoire des princes changés en cygnes…Elle est dans le plus pure style du groupe ; un peu tous les instruments sont rassemblés ; le chant est féminin, un peu crié pour donner une impression de puissance. La longueur des paroles est démesurée : pas moins de neuf couplets, découpés assez bizarrement.
Ride On mêle ensuite chant féminin et masculin, avec quelques influences black ; puis vient
Susie Moran. Qui est cette Susie, qui dans la chanson a perdu son mari et son fils unique, impossible à savoir ; mais c’est en tout cas une bonne chanson, mêlant sur un rythme triste influences folk et heavy.
Exiles conclut le CD, nettement plus black que les autres. Elle comporte un passage de chant rythmique féminin, accompagnées à la harpe.
Evidemment, c’est un métal très soft que fait le groupe ; mais bon, le plus ennuyeux de l’album reste son virage un tantinet politique. Il n’y a aucun mal à défendre son peuple, à dénoncer les guerres injustes et les crimes commis au nom de la « raison d’Etat ». Il nous arrive à tous, je l’espère en tout cas, de bouillir de rage impuissante en apprenant les crimes commis par telle ou telle nation en toute impunité ; mais doit on en faire des chansons ? Certes c’est un moyen de lutte, mais le danger d’être instrumentalisé est grand. Surtout dans un cas aussi complexe que l’Irlande…