Deuxième album du groupe irlandais,
The middle Kingdom tranche totalement avec
Tuatha Na Gael qui l’avait précédé. La voix black c’est faite rare, à vrai dire on ne l’entend que dans
The middle Kingdom (la chanson). Elle est essentiellement remplacée par celle de Karen Gilligan, la chanteuse du groupe, plus rarement par celle de Keith Fay.
Le ton de l’album est d’ailleurs donné dès l’introduction instrumentale, un air de cornemuse en l’occurrence : comme cela le laisse présager, la musique est beaucoup plus folk et heavy, beaucoup moins influencée par le black métal. Les instruments traditionnels occupent une place de choix dans les mélodies, que ce soit flûte, percussions, harpe celte ou viole. Par contre on retrouve la méthode des transitions instrumentales mêlant flûte et bodhran (sorte de tambourin traditionnel) dans un premier temps, puis batterie et guitare ; en particulier
Cattle Raid Of Cooley, dont curieusement le titre évoque un des passages de l’histoire de Cuchulain, le héros mythique.
La voix de Karen Gilligan s’accorde bien aux mélodies traditionnelles et aux différents rythmes, parfois rapides comme dans
The Fianna, parfois lents et un brin plaintifs comme dans
A Druids Passing, mais toujours tirés d’anciens refrains populaires. Bon nombre de chansons évoquent d’ailleurs des légendes irlandaises : le peuple des Fianna, le héros Cuchulain...
Celtica fait cependant exception, et tranche avec les récits de batailles et d’exploits guerriers qui servaient de thèmes aux chansons de
Tuatha Na Gael. Celle-ci utilise le thème de l’absurdité de la guerre : un combattant face au corps de ses frères d’armes ; de mille ans en mille ans, la guerre est toujours là jusqu’au jour où le monde sera détruit…
Is Fuair en Chroi,dans un tout autre registre, commence par la plainte d’une amoureuse déçue reprochant amèrement à son compagnon les promesses qu’il n’a pas tenu, ce dernier lui reprochant à son tour son manque de réalisme et son égoïsme. La chanteuse prête sa voix aux deux personnages, utilisant simplement une voix plus grave pour le jeune homme ; il s’agit d’un thème traditionnel de chansons populaires.
Autre élément nouveaux, l’évocation des druides, vus comme des êtres mystérieux et puissants, qui se fait dans
The middle Kingdom et
A Druids Passing. Cette dernière, où l’un d’entre eux se prépare à mourir « dans le cercle de pierre » est particulièrement étonnante. Le rythme est lancinant, mais la voix paisible et douce souligne son acceptation du destin. Un peu dans la même atmosphère mystique,
Oro Se Do Bheatha Abhaile, entièrement en gaélique, fait dialoguer la voix masculine avec un chœur féminin reprenant toujours le même air, plutôt une mélopée qu’un véritable air chanté.
La musique a perdu le gros de ses tendances black, aux regrets de certains. Elle est désormais plus folk que métal, pourrait on dire ; elle a cependant gagné en diversité, que ce soit les thèmes des chansons ou les mélodies. Cependant il est dommage que le groupe ait presque totalement abandonné ses tendances premières ; le mélange de la voix black et de la voix féminine sur fond de musique traditionnelle est particulièrement bon, mais hélas, trop rare dans cet album.