Jusqu'à aujourd'hui, la carrière de
Lacuna Coil a marqué une évolution et a surtout fait ressortir deux facettes musicales distinctes: le Gothique Metal des débuts, puis le côté plus Neo-Metal, que l'on aperçoit depuis Comalies. Karmacode paraît en 2006, soit quatre années après ce dernier. Quatre années durant lesquelles le groupe a enchaîné tournées sur tournées, avant de revenir en studio pour immortaliser une nouvelle brochette de titres, qui reprend dans les grandes lignes ce que Comalies a déclenché.
Le groupe lui-même ne se cache pas: Karmacode s'éloigne de plus en plus des racines gothiques du groupe...
Dès "Fragile", on comprend que les italiens n'ont pas menti. Fini le côté épique et mélancolique qui transcendait les compositions d'In a Reverie, place à du gros son, travaillé à l'américaine. En guise d'introduction, ce premier extrait donne parfaitement le ton: une production en béton armé, des riffs simples et efficaces, et un refrain qui botte le cul. En ce sens, on reconnait la patte de
Lacuna Coil, qui semble s'être définitivement tourné vers une musique ultra-accessible qui privilégie la puissance aux ambiances...
Auparavant, les italiens étaient souvent comparés à
Paradise Lost. Bien évidemment, tout cela n'a plus lieu d'être: à la place on ressent une certaine influence
Korn, notamment sur les guitares sous-accordées ("Fragments of Faith", "What I See"...). Une 'américanisation' du son qui a tendance à se faire trop ressentir, et qui bouffe littéralement les émotions que
Lacuna Coil se plait à composer depuis ses débuts ("In Visible Light").
Fort heureusement, tout n'est pas négatif dans Karmacode. Les deux chants forment une paire complémentaire, surtout depuis qu'Andrea a repris un rôle digne de ce nom dans le groupe. Par contre ne vous attendez pas à l'entendre hurler, cette époque est morte et enterrée, c'est désormais une certitude. Cristina, fidèle à elle-même, nous sort une prestation de haute volée, qui se démarque de ses précédents efforts grâce à ses vocalises haut perchées ("Fragile", "Our Truth", "You Create")...
Les arrangements forment également l'un des points forts de l'album. Car ici, les sons additionnels sont bien plus travaillés qu'auparavant et donnent une profondeur à des titres comme "Devoted", "The Game" ou le moyen "Enjoy the Silence", fameuse reprise de Depeche Mode... Ajoutez à ça une production léchée et vous voici avec une mixture aux sonorités ultra-modernes.
Karmacode fait preuve d'un savoir-faire évident pour tout ce qui concerne le domaine mélodique.
Lacuna Coil balance refrains accrocheurs sur refrains accrocheurs, puis use et abuse de sonorités mélodieuses (la ballade "Within Me") qui font de cet album une nouvelle occasion de s'envoyer des tubes catchy à n'en plus finir...
En revanche, cet opus, tout comme Comalies, a une durée de vie résolument courte. Car une fois qu'on en a fait le tour, ben on en a vraiment fait le tour. Je reste persuadé qu'en ayant abandonné ses atmosphères au profit d'une musique plus 'facile',
Lacuna Coil a perdu en impact sur le long terme...
Après un revirement stylistique qui a fait grand bruit,
Lacuna Coil enfonce ici les portes que son Comalies a déverrouillé. Avec Karmacode, on sent bien que les États-Unis sont devenus une véritable cible-source d'inspiration (rayez la mention inutile), tant la musique semble venir d'outre-Atlantique. Forcément, le son est gonflé à bloc, les refrains catchy sont de sortie et l'effet 'tubes-tubes-tubes' est de plus en plus difficile à contenir, mais comme pour Comalies, l'album a tendance à s'essouffler sur la durée... Ceci étant, de bons titres émergent ("Fragile", "Our Truth", "Fragments of Faith"...), bien qu'on reste dans une veine assez classique (pour eux) et très simpliste...
A la question 'Karmacode saura-t-il rassembler tous les fans de
Lacuna Coil?', la réponse est difficile et risque bien de rebuter les plus anciens...