Static Motion est la première sortie du groupe parisien
13-Digits, sous la forme de cet EP à la pochette évoquant une ère de glace et de fin du monde, un précipice s’entrouvrant aux pieds d’un homme énigmatique tandis qu’en arrière-plan, un bateau sombre dans la baie d’une ville dont les immeubles illuminés se dressent vers un ciel grisâtre. Une pochette vraiment réussie et qui a le mérite d’être remarquée, ce qui n’est pas toujours le cas quand on s’intéresse aux demos ou aux EP de groupes autoproduits – comme c’est le cas ici.
13-Digits présente donc, avec cet EP, six titres enregistrés début 2009, dans un style mêlant rock et metal progressif avec de notables influences néo metal, voire grunge. Attendez-vous donc à un groupe de rock aux influences prog et metal plutôt qu’à un « pur » groupe de metal progressif à la
Dream Theater ou
Opeth.
Les influences musicales des Parisiens se font dès le départ très (trop ?) clairement ressentir, en premier lieu celle de
Tool, omniprésente sur des titres comme
Broken Destinies qui ouvre cet EP (et rend hommage à certains grands noms du rock et du metal partis trop vite - notamment Dimebag Darell), mais aussi
Uncanny Part I et
Figure of Speech. Au niveau vocal, on sent ainsi que Maynard James Keenan fait des émules, et sans en être non plus une simple imitation, on sent que le chanteur de
13-Digits a été fortement inspiré par le vocaliste américain. On pourra de même faire un lien précis dans la manière dont la chanson
Uncanny Part I se termine, fin qui rappelle très fortement celles de
Wings For Marie (Part 1) et
10,000 Days (Wings Part 2) sur l’album
10000 Days de
Tool.
Au niveau musical, l’influence n’en est pas moins palpable, avec cette façon que le groupe a de développer certaines rythmiques groovy et saccadées, ou bien –toujours dans
Uncanny Part I-, avec ce jeu de guitare si particulier, mais aussi du point de vue de la batterie qui multiplie les roulements, voire même du son global, compact et puissant, bien qu’il ne soit pas aussi « heavy » que celui des Américains.
Pas question pourtant de parler de plagiat ni de contester la qualité des morceaux, d’autant qu’avec
Tool, on a quand même connu pire comme influence et source d’inspiration vocale et musicale… Le groupe développe par ailleurs un côté plus rock, entre néo-metal et grunge, à la manière d’un
Alice In Chains, voire Silverchair ou Pearl Jam sur certains passages instrumentaux, par exemple sur le titre
Uncanny Part II.
A noter également, la variation opérée au niveau vocal, puisque
13-Digits alterne parfois son chant clair principal avec des growls d’inspiration death metal à la manière de
Cynic, par exemple sur
Hyperbole, bien que la présence de ces growls au demeurant plutôt bien exécutés reste discrète et quelque peu en arrière plan. A la fin de cette même chanson, on remarquera de même un chant rappé et d’inspiration néometal, dont l’apport paraît quant à lui assez dispensable et qui ne convainc pas totalement.
D’une manière générale, rien à redire sur le niveau technique du groupe. On sent très bien que les musiciens de
13-Digits ont de l’expérience et maîtrisent parfaitement leurs instruments respectifs, ce qui paraît assez nécessaire étant donné le genre musical pratiqué, dans lequel la base rythmique requiert un certain groove et les guitares une certaine dextérité, que ce soit au niveau rythmique ou bien dans l’exécution de certains soli bien sentis, qu’on retrouvera par exemple sur
Anticlimax, titre qui se démarque bien en clôturant cet EP d'une belle manière.
Un premier essai qui ne manque donc pas d'arguments, de la part d’un groupe dont il serait intéressant de suivre l’évolution et qui, s’il parvient à se démarquer de certaines de ses influences et à développer davantage une musique et un univers personnels tout en acquérant de l’expérience, semble être sur la bonne voie – pourquoi pas pour dégoter un deal avec un label ? C’est tout le « mal » qu’on lui souhaite pour la nouvelle année qui s’annonce.