Once Was Not , l’album précédent de
Cryptopsy paru en 2005, avait déjà provoqué un certain scepticisme du public de par son côté expérimental assumé. Ce disque désorientant pour un certain nombre de fans du groupe recelait cependant des qualités incontestables : à la fois barré et brutal, d’un niveau technique au dessus de la moyenne, il apportait une surprise et un certain renouveau à la musique pratiquée par les Québécois.
Ces réactions mitigées n’ont pourtant rien de comparable avec celles suscitées par ce
The Unspoken King, qui a ainsi fait la quasi-unanimité contre lui, devenant rapidement une des sorties metal les plus mal aimés de ces dernières années.
Comment
Cryptopsy en est-il arrivé là, et toutes ces critiques sont-elles justifiées ? Certes, on pourrait se contenter d’une explication toute trouvée : les métalleux étant par essence souvent assez conservateurs et hostiles à toute évolution, ce mauvais accueil ne pourrait être qu’une réaction primaire de la part de die-hard fans désabusés par le revirement d’un groupe culte s’enfonçant peu à peu dans les méandres d’une musique facile et soi-disant plus accessible, donc commerciale.
Cependant, à l’écoute de
The Unspoken King et d’autant plus lorsqu’on le compare avec leurs productions précédentes, difficile de contredire la vindicte et de se faire l’avocat du diable :
Cryptopsy déçoit, rentrant dans le rang et perdant son statut de fer de lance de la scène death metal actuelle pour devenir un groupe de deathcore comme il en existe un paquet, sans grande saveur et avec un manque d’originalité certain.
Pour commencer, le line-up du groupe canadien a connu plusieurs changements, en premier lieu avec le départ de son chanteur Dan Greening alias Lord Worm. Fondateur du combo en 1988, à l’heure où il s’appelait encore Necrosis, ce dernier avait été depuis présent presque continuellement au poste de frontman de la formation québécoise, et en incarnait véritablement l’identité. C’est Matt Mc Gachy, chanteur des obscurs
3 Mile Scream, qui sera chargé de la lourde tâche de lui succéder, et en évitant un jeu de mot facile avec son patronyme, on peut constater que ce choix ne s’avère pas des plus heureux. Certes, il beugle plutôt convenablement, et même ses parties de chant clair ( !) ne sont pas dégueulasses. Mais, on constate malheureusement que les vocaux ont nettement évolué vers cette logique très dans l’air du temps d’un deathcore à la nord-américaine, une voix plus agressive que réellement death, plus formatée et en un mot, insipide.
Mais il serait abusif et injuste de renvoyer la faute sur le seul chanteur du groupe, et force est de constater que musicalement, l’orientation est comparable, avec des compositions plus linéaires, une production plus nette et proprette qui perd en identité. Lorsque
Cryptopsy semble vouloir prendre des risques en surprenant son auditeur, c’est pour couper sa chanson – par exemple avec
Leach et y intégrer en plein milieu un refrain chanté par-dessus un blast qui rappelle qu’on a une base rythmique de talent, mais pas vraiment que le groupe sait où il va… Avec un titre comme
Bemoan The Martyr, on a également parfois l’impression d’entendre du neo-metal, que ce soit à cause de certaines rythmiques, du chant et des effets du clavier. Car
Cryptopsy a en effet intégré un clavier sur cet album, fait sans précédent pour le groupe et dont l’apport se révèle ici très minime, voire inexistant.
Le chant, encore lui, est coupable de parties franchement dispensables, à l’image de
The Plagued et son ouverture quelque peu geignarde qui tranche nettement avec la brutalité déjantée à laquelle la formation nous avait habitués.
Inutile cependant de tirer sur une ambulance et d’accabler gratuitement
Cryptopsy. Objectivement,
The Unspoken King n’est pas non plus un disque catastrophique et le groupe n’a pas oublié comment jouer ni comment envoyer le bois quand il faut. Riffs accrocheurs, mélodies parfois assez entêtantes (qui a dit « mièvres » ?), le tout n’est pas à jeter et de bons titres se dégagent de cet ensemble, à l’image de
Worship Your Demons ou
Anoint the Dead. Simplement, cet album est nettement moins marquant et inspiré que ses prédécesseurs, même s’il devrait trouver des défenseurs, ou simplement des auditeurs peu familiers du groupe et qui sauront à n’en pas douter lui accorder des qualités en soi. Pas sûr néanmoins qu’ils deviennent fans inconditionnels d’opus aussi extrêmes que
Blasphemy Made Flesh ou
None So Vile du même groupe...
La question qui se pose à présent est de savoir si oui ou non, les Canadiens pourront se relever de ce semi-échec et proposer de nouveau de quoi satisfaire la cohorte de métalleux déçus par un roi qui ne tient pas vraiment toutes ses promesses.