Guano Apes avait les cartes en main pour frapper un grand coup. Deux albums qui se sont fait remarquer grâce à des singles bien choisis (on se souvient très bien du remuant
Big In Japan en digne représentant d'un
Don't Give Me Names qui avait imposé les merdes de singe non seulement en Allemagne, mais dans une bonne partie de l'Europe). Il ne leur restait plus qu'à franchir une étape, souvent décrite comme la plus importante dans la carrière d'un groupe, un cap psychologique qui fera qu'une formation pourra survivre ou non dans un monde sans pitié. Et pour les fans, une occasion de voir si leurs protégés sont capables de tenir sur la durée.
Et
Guano Apes se prend le mur. La sortie de route est effroyable, quand on se penche sur un passif jusque-là très positif. Bien sûr, il y a
You Can't Stop Me en ouverture d'album, efficace, dans la lignée des morceaux énervés que savent écrire les musiciens, partant sur un groove incisif tranché par une guitare meurtrière. Le chant de
Sandra Nasic est toujours aussi bon, entre colère contenue et lignes vocales plus claires, plus subtiles. Mais en définitive, ce n'est qu'une illusion, une très habile illusion. Et c'en est incompréhensible.
En effet, le groupe donne l'impression d'avoir enclenché le pilotage automatique et de s'être laissé aller à une séance laborieuse de recyclage de leur formule, la même qui avait si bien fonctionné sur leurs précédents opus. Mélange entre un style funky, parfois proche du hip hop, avec des lignes mélodiques typiques du metal,
Guano Apes avait su développer un son qui était immédiatement identifiable. Et c'est toujours le cas ici, les compositions sont vraiment typiques des Allemands, la réussite en moins.
Peut-être est-ce du aux trois ans séparant ce
Walking On A Thin Line de
Don't Give Me Names, peut-être que la motivation n'était pas franchement au rendez-vous, peut-être que les musiciens ont tout simplement perdu la passion qui les animait ? Cela expliquerait un album qui jette de la poudre aux yeux en jouant dans une catégorie qui aurait du être certaine, mais qui manque cruellement de relief.
Walking On A Thin Line devient rapidement ennuyeux, l'auditeur n'est pas surpris, il n'arrivera pas à reconnaitre aisément les titres malgré les écoutes successives et surtout, il aura vite envie de passer à autre chose.
Le meilleur espoir pour trouver de l'intérêt à cet album, qui a su se hisser à la tête des charts en Allemagne (signe de la popularité plus qu'évidente du groupe là-bas), serait en définitive de commencer par lui. De découvrir
Guano Apes par son biais plutôt que de se lancer sur les productions antérieures, gonflées de hits en puissance. Là, la guitare à la fois mélodique et rugueuse saura se frayer un chemin, pimenté par une section rythmique qui aime quand ça bouge, quand c'est dansant. Sandra Nasic, quant à elle, demeure le motif de satisfaction de cet album, qu'on adhère ou non au discours de fond. Sa voix fait des merveilles sur les passages les plus calmes, elle est en constant progrès depuis les débuts du combo à la fin des années 90.
Walking On A Thin Line est un disque qui fonctionne mieux en live comme le prouvera la suite de la carrière du groupe, carrière qui à ce point deviendra bien éphémère vu que les
Guano Apes splitteront un peu plus tard. Et si
Walking On A Thin Line ressemble à un
testament studio, les legs semblent bien maigres au vu d'une folie passée qui peine à s'installer au milieu de ces mélodies convenues. Grosse déception.