C'est ici que tout commence... C'est ici que tout fini. Le soleil se meurt, tout est d'un blanc sali, comme un champ enneigé après le passage d'une armée. La tristesse a enveloppée de son voile funèbre les cendres de ce monde sans vie. Un trop-plein de tourments se déverse...
Extrêmement touchante, la musique du jeune One-Man Band qu'est
ColdWorld capture au plus profond de nous ces sentiments que sont l'espoir et la joie, leur assenant un calmant à lourde dose dont ils auront du mal à se remettre. De lents rythmes de batterie accompagnent des guitares aiguës, aigres et sur-saturées bien plus rapides. Un clavier au son très rond donnant dans la tonalité mineure s'ajoute avec maestria à cette ambiance de décomposition. Sorte de souffle glacial, il est omniprésent, s'opposant de par sa douceur au flot de guitares torturées nous berçant dans les bras d'un profond nihilisme. Splendide géhenne, ce disque nous emporte aussi loin que l'esprit le peut, dans un univers de solitude, de froid, brûlant notre petit reste de bonheur au nom de la désolation et des pleurs.
Loin d'être violent,
ColdWorld nous fait lentement descendre aux Enfers par son calme et sa douce mélancolie. Bien que la batterie n'ait pas assez de caractère, elle est très mise en arrière, donnant une impression de musique volatile. M.Georg Börner n'hésite pas ici à mélanger des sons très cristallins avec de la saturation "Xasthurienne" (pour les guitares), rendant une impression extrêmement puissante. Un black metal titanesque s'alliant à la fine beauté de notes glaciales ; superposez à ceci un chant arraché, inhumain, damné, et vous aurez un
ColdWorld du meilleur cru. Presque totalement joué sur ce contraste de l'horreur et du superbe, le one-man band livre ici une pièce maitresse déjà culte de Depressive Black Metal.
Les styles sont assez mélangés, on peut noter du post-rock dans certain chants (en background), des sonorités qui tirent par fois vers le gothique, le tout allié à un BM ravageur. Beaucoup de types d'instruments sont utilisés, donnant une variété très bien exploitée à l'album (écoutez un peu le morceau "Tortured By Solitude" !), soutenue par des riffs excellents, voluptueux, parfois même accrocheurs ! Des similarités avec un certain
Burzum se font évidemment sentir, mais une atmosphère et une identité propre se dégagent sans aucun doute de ce glacial brûlot.
L'entrée dans l'album se fait réellement au troisième titre, "Winterreise", qui ferait broyer du noir à Héméra* elle-même, donnant le ton de la suite, puis continue sur cette lancée pour se terminer sur un titre très calme, laissant rêveur...
Les émotions en état de choc, on continue de se perdre dans les sublimes méandres de nos esprits solitaires dans la béatitude la plus totale, bien que la musique se soit maintenant éteinte...
*Héméra : Dans la mythologie grecque, Héméra incarne la Lumière terrestre et personnifie donc le Jour.