Oceanborn
Faire la chronique d’un groupe aussi incontournable que Nightwish, d’un album déjà ancien qui plus est, c’est évidemment difficile ; on peut se demander ce qu’il y a encore à raconter la dessus, mais il y a trop longtemps que j’ai envie de faire celle là. Alors commençons par le contexte.
Oceanborn est le deuxième album du groupe, et pas le plus connu loin de là ; néanmoins il fait parti des incontournables. Quand il est réalisé en 1998, Nightwish est très peu connu, mais en pleine ascension. Le premier CD,
Angels Fall First a obtenu un certain succès en Finlande ; il y a ensuite eu une série de concerts qui ont plutôt bien marché. Il est temps pour eux de sortir un nouveau CD, et pour Tuomas de donner libre cour à son imagination et à son talent de compositeur ; ce sera d’ailleurs probablement l’album le plus technique du groupe. Même si
Once est et restera l’album le plus connu, Oceanborn est certainement celui qui a exigé de chaque membre du groupe qu’il use de son talent jusqu’au bout.
L’album débute avec
Stargazers, l’un des grands succès de l’album. La mélodie est sublime, la voie de Tarja impétueuse et tourmentée, doublée dans certains passages et dans le refrain. On enchaine avec
Gethsemane, d’inspiration biblique ; le texte fait sans cesse allusion aux derniers jours de la vie du Christ, même s’il n’est pas directement question de lui : un poète compare son sort au sien, du fait des souffrances que lui cause son amour déçu. Il s’agit peut être d’une évocation de Dante Allighieri, un poète florentin du XVème, l’un des plus grand de l’histoire. La musique instrumentale est plus complexe que dans la chanson précédente ; la fusion du clavier et de la batterie est étonnante, presque aussi puissante que la voix de Tarja.
Devil and the Deep Dark Ocean est sur un autre registre. C’est la première fois qu’on entend Wilska, qui assura les voix masculines pour cet album. Son chant très death, la batterie beaucoup plus présente et violente, les cris stridents ; tout cela contraste violement avec la voix de Tarja. C’est de cette chanson que vient le titre de l’album, car l’histoire est centrée sur l’amour qu’un homme, ou une sorte de démon, porte à une sirène («née de l’océan » donc). Sans transition,
Sacrament of Wilderness nous plonge dans une atmosphère toute autre, celle de la magie des forêts et des bois, évoquée également dans le texte où il n’est question que de dryades et de pactes avec les loups.
C’est dans
Passions and the Opera que la performance de Tarja atteint son apogée ; dans cette chanson deux des airs atteignent un niveau sans égal dans le métal. D’abord dans le refrain, puis dans l’air suivant le premier refrain, qui est la transposition d’un des passages les plus célèbres de La flute enchantée, l’un des plus grands opéras de Mozart. L’air en question, à l’origine exécuté par le sombre personnage de la Reine de la Nuit, est destiné à une voix beaucoup plus aigüe, et c’est l’un des plus dures de toute la musique classique. Tuomas savait parfaitement de quoi Tarja était capable, et il l’a adaptée exprès dans l’idée qu’il se faisait de sa voix, pour une performance dont la chanteuse ne se savait certainement pas capable.
Swanheart continue avec le même souffle et la même majesté, imprégnée d’un enthousiasme et d’une force qui fait cruellement défaut aux couineurs de TF1. On enchaine avec un morceau instrumental,
Moondance. Commençant par une mélodie au clavier, sur un signal de la batterie, le son métal explose avec une fougue étonnante avant de s’éteindre pour laisser place à un air de flute ; puis explose de nouveau sur un superbe rythme, bientôt soutenue par les claquements des mains. On croirait entendre le battement des pieds des sorcières dansants au clair de lune, autour d’un bouc aux cornes couronnées de fleurs…
The Riddler continu dans le même souffle, une sorte de cris de liberté où Tarja continue de nous impressionner. La suivante,
The Pharaoh Sails to Orion, est peut être la plus étonnante de l’album. C’est la deuxième apparition de Wilska, qui commence par chanter un couplet tiré du livre de l’Exode. Il continu avec Tarja, chacun chantant un vers, puis laisse la place à la chanteuse ; enfin il revient pour un couplet « sombre », évocation du venin et de la souffrance, pour lequel sa voie à la limite du grognement fait merveille. L’album continu avec
Walking in the Air, nouvel appel à la liberté et au rêve. L’atmosphère de cette chanson rappelle curieusement celle de
I talk to the Wind de
King Crimson.
On enchaine ensuite sur
Nightquest, qui présente certaines similitudes avec
Stargazers : même voix un peu tourmentée, même rythme rapide. Après les morceaux exceptionnels, l’expression pure du génie de compositeur de Tuomas, on revient à des choses plus ordinaires.
D’accord, Oceanborn est mon album favori de Nightwish ; mais c’est en tout cas une œuvre exceptionnelle, qui a lancé véritablement la carrière du groupe et qui mérite de rester dans les annales, voir même de survivre au métal. Car personne ne peut dire quel courant musical va survivre ou non…