Oceanborn aura permis à Nightwish d'être sous les projecteurs à l'échelle européenne, de quoi donner de l'ambition à n'importe quel groupe normalement constitué. Aussi,
Tuomas Holopainen peaufine ses nouveaux morceaux et le résultat est ce Wishmaster qui tranche complètement avec Oceanborn.
Si l'opus précédent était très compact et heavy à souhait, Wishmaster se montre bien plus facile d'accès et ce dès le premier morceau, le délicat She's My Sin (dont les paroles ont du être réécrite pour des raisons évidentes à l'origine). Comparé à la puissance d'un Stargazers, on peut être étonné qu'un tel morceau ouvre l'album. Une chose est sûre, le clavier est maître et dirige les opérations. A la guitare,
Emppu Vuorinen devient de plus en plus un faire valoir de la musique du claviériste qui affine ici son style, au point où Wishmaster ressemble plus à la suite d'un
Angells Fall First qu'à un Oceanborn qui prend des allures de parenthèse stylistique.
Wishmaster est de ce fait bien plus varié. on peut même dire qu'il s'éparpille. Les six premiers morceaux ont une couleur entre le heavy metal d'Oceanborn avec un son plus propre (The Kinslayer, Wanderlust, Wishmaster) et une approche plus light, comme She's My Sin ou Come Cover Me. La voix de
Tarja Turunen se place bien, véhicule plus d'émotions que par le passé, elle peut enfin s'exprimer réellement. Là, on est bluffé par l'étendue vocale de la jeune femme. On se rend compte que la marque de fabrique du groupe, au-delà des compositions de Tuomas, c'est elle, elle que l'on mettra toujours en avant. On s'en rend d'autant plus compte sur la ballade Two For Tragedy où sa voix est bien trop puissante pour la musique et le résultat est franchement décevant tandis qu'elle est absolument implacable sur Kinslayer.
La seconde moitié perd énormément en puissance et la plupart des morceaux les moins intéressants y figurent. D'ailleurs, cela deviendra presque une marque de fabrique, cet essoufflement passé la première partie d'un album. Ainsi, Bare Grace Misery et Crownless ne laisseront pas un souvenir impérissable tandis que Deep Silence Complete remonte le niveau grace à une approche émotionnelle plus présente. Dead Boy's Poem, la seconde ballade de l'album, ne répète pas l'erreur de Two For Tragedy et propose une montée en puissance troublante sur sa fin, à donner la chair de poule quand l'ensemble devient de plus en enlevé et que Tarja pousse sa voix. Gros impact émotionnel. Et la version originale de l'album s'achève sur un Fantasmic qui renvoie à la première moitié de l'album, avec un tempo rapide et des variations d'harmonies qui n'ont rien d'hasardeuses. Divisée en trois parties, on navigue entre des envolées passionnées et variations plus mélodiques, jusqu'à l'explosion finale qui achève le disque sur une bonne note.
En définitive, Wishmaster est un album qui a des faiblesses. Le groupe semble se chercher et tourne visiblement le dos à la fougue heavy d'un Oceanborn. Plutôt bon dans l'ensemble, il n'a pas ce côté monolithique et fort et possède un petit ventre mou. Mais avec cet album, Nightwish assoit définitivement sa notoriété et se place comme l'un des chefs de file du metal finlandais.