Qu’est-ce que
Black Sabbath en 1987 ? Pour répondre franchement, ce n’est plus franchement
Black Sabbath, à moins que l’on considère que
Tony Iommi est la seule âme du groupe et dans ce cas, c’est parfait. Si l’on pense au contraire que
Black Sabbath ne peut être
Black Sabbath sans le bassiste
Geezer Butler et un chanteur comme
Ozzy Osbourne ou
Ronnie James Dio, ça devient tout de suite plus compliqué à gérer.
Après le départ de
Glenn Hughes et surtout, suite à un album solo qui n’est pas du
Black Sabbath pur jus (enfin, c’est compliqué : Seventh Star étant un produit particulier à l’appellation particulière et pas franchement d’origine contrôlée), Iommi décide de prendre un jeune chanteur complètement inconnu en la personne de
Tony Martin dont la tessiture vocale évoque un fils bâtard de
Dio et de Hughes, tirant un peu sur un
Joey Lynn Turner (
Rainbow) en moins maniéré. Sachant cela, difficile d’espérer voir un retour aux sources. D’ailleurs, ce n’est pas l’intention de Iommi qui décide de vivre pleinement avec son temps en essayant d’adapter le son du groupe aux standards modernes. Voilà qui n’est pas chose aisée, surtout quand on est un pionnier du genre de moins en moins respecté par des hordes de journalistes qui se tapent encore sur les cuisses en songeant au gag que ce digne représentant était alors devenu.
Parce qu’il convient de rapidement mettre les pendules à l’heure. Ceux qui cherchent du lourd, du heavy et du malsain peuvent s’éloigner de cet opus en hurlant de terreur, parce qu’ils ne trouveront aucun indice les menant au saint Graal Sabbathien. Ah si, peut-être la frappe de
Eric Singer derrière les fûts, correcte, pesante, mais manquant parfois cruellement de variété. Ici, ce qui pré
domine, outre la guitare version allégée de Iommi, c’est le clavier du fidèle
Geoff Nicholls qui s’insère sur toutes les compositions pour un rendu assez bizarre en définitive. Comme si
Black Sabbath cherchait à faire du lyrique FM sans en avoir réellement l’envergure. Tout est fluide, les ambiances sont calmes quand elles ne virent pas orientales (
Ancient Warrior n’aurait pas franchement détoné sur un album de l’Arc-en-ciel) et prendre ses repères devient difficile.
Et Tony Martin ? Il s’avère être une bonne surprise, sauf qu’on le sent plus à l’aise sur un registre soft que couillu, ce qui ne laisse pas beaucoup d’espoirs pour trouver un passage qui tabasse en règle. Les pistes qui partent dans ce sens s’aseptisent toutes seules à cause d’harmonies, souvent nées du clavier, qui viennent apporter un petit côté FM pas forcément déplaisant, juste déplacé quand on songe qu’il s’agit de l’éminence noire du metal.
Et bien sûr, plus de vingt ans après, on ne peut que constater à quel point l’ensemble a vieilli, condamné à resté cantonner dans un son typique des années 80, répondant à certains codes d’une américanisation plus subtile que ce qui a été fait chez d’autres combos du Vieux Continent (
Scorpions et
Pretty Maids en tête). Et pour l’apprécier pleinement, il convient de faire abstraction du nom du groupe, oublier qu’il s’agit de
Black Sabbath et peut-être l’envisager comme un album solo du sieur Iommi qui continue à cramer la crédibilité d’une entité monstrueuse sans plus d’états d’âmes que cela…
The Eternal Idol est assez symptomatique de ce que seront les années Martin au sein de
Black Sabbath. Ce n’est pas mauvais, mais on est loin, très loin de ce qui a fait le succès du groupe, le côté sulfureux et abrasif ayant disparu des lignes de chant et même de la majeure partie des riffs. La décadence a touché le groupe, il ne s’en relèvera pas de sitôt.