Au milieu des années 80, une rumeur devenait de plus en plus persistante. Et le fait que les principaux intéressés ne démentent pas était une espèce de rêve éveillé pour de nombreux fans qui s'étaient pris la claque de leur vie avec le riff lourd et définitif de
Iron Man.
Black Sabbath allait se reformer avec
Ozzy Osbourne au chant ! En voilà une nouvelle qu'elle est bonne ! En effet, aucune des deux parties n'était satisfait de leur dernier album studio,
Bark At The Moon pour un, Born Again pour l'autre. Ajoutez à cela que Ozzy n'arrivait pas franchement à se remettre de la mort de son jeune complice
Randhy Rhoads et que
Tony Iommi avait flingué la crédibilité de son groupe en embauchant
Ian Gillan derrière le micro, lui qui fut le leader du groupe rival
Deep Purple (et qui quittera le Sab' pour la reformation du Mark II de 1984 !), on comprend aisément que cette solution était forcément la plus envisageable pour tout le monde.
Puis il y a comme d'habitude un grain de sable qui grippera toute la machine. Certes, on a vu le groupe reformé jouer au Live Aid, l'un des moments fort du festival d'ailleurs puis plus rien. La réunion ne se fera pas. Autant dire qu'il y a eu un paquet de déçus. Le groupe splite à nouveau, sans autre état d'âme. Il faudra attendre 1998 pour un autre show, pour de nouvelles promesses d'albums et pour nouveau avoir le bec dans l'eau. Rien n'est jamais simple avec
Black Sabbath...
Ozzy s'en va faire
The Ultimate Sin et Iommi songe sérieusement à faire un album solo. Tout va dans ce sens, vu qu'il est le seul membre officiel de
Black Sabbath à jouer dessus. On peut même penser que le groupe est mort. Mais la maison de disque, paniquée à l'idée d'un flop commercial, insiste pour ajouter le nom de l'entité noire sur la pochette; Ainsi, on se retrouve avec la formule abracadabrante de
Black Sabbath Featuring Tony Iommi sur la jaquette. De quoi gentiment se foutre de la gueule du monde sans en avoir l'air.
Parce que Seventh Star, bien sympathique au demeurant, n'a rien à voir avec
Black Sabbath. Le propos est moins lourd, plus... En fait, à part certains riffs, on pourrait rapprocher ce disque à certains album de
Gary Moore, avec une guitare moins flamboyante. Le fait que ce soit le grand
Glenn Hughes qui assure le chant n'est bien sûr pas étranger à cette impression. Hughes, on l'a connu avec
Deep Purple où il venait donner la réplique à
David Coverdale, on l'a croisé avec
Pat Thrall sur le superbe projet
Hughes/Thrall, on l'a vu très présent sur le
Run For Cover de
Gary Moore... Il est un des grands musiciens de sa génération et son surnom de "The Voice" n'est pas usurpé. Il n'est pas qu'un bassiste de talent, il est également un excellent chanteur, aussi à l'aise sur le hard rock que sur la soul ou le funk. Un artiste entier... et facilement reconnaissable.
Donc forcément, son registre mélodique colle parfaitement à l'univers que peint Iommi sur ce Seventh Star. On retrouve donc pas mal de ballades bien menées, qui s'inscrivent dans un style moderne, très années 80, avec une guitare qui se décharge fréquemment, aidée il est vrai par un chanteur performant, qui ne se laisse pas impressionner, qui sait tenir son rang avec brio. La guitare de Iommi est également capable de mener la danse de façon plus heavy. Après tout, l'homme est l'un des géniteurs du genre, s'il n'y arrivait plus, il y aurait du souci à se faire. Aussi un titre comme
Danger Zone est très efficace, tout comme
In For The Kill, malgré un refrain très appuyé, à la manière du hard FM.
Mais Seventh Star est toutefois mal proportionné. Trop lisse et pas assez agressif, mélodique mais pas suffisamment rêche... Des griefs, on peut en trouver à la pelle. Mais on ne peut nier qu'il est plutôt réussi dans l'ensemble, grâce à un chanteur puissant qui en impose et un guitariste qui semble avoir retrouvé du jeu. A noter que la batterie est tenue par
Eric Singer qui sait s'approprier un jeu simple et lourd sans donner l'impression d'être minimaliste.
Bien sûr, Seventh Star n'aurait jamais du sortir labellisé
Black Sabbath. Il n'est pas entouré de cette aura noire, il n'a pas ce côté intrinsèquement obscur. Et imaginer Hughes en chanteur de Black Sab' a quelque chose de tout à fait hilarant tant l'homme ne correspond pas aux standards fixés par Ozzy et
Ronnie James Dio, surtout que Gillan est passé juste avant lui. De quoi ruiner encore un peu plus un groupe en mal de crédibilité... La traversée du désert ne fait que commencer et aujourd'hui,
Black Sabbath est la preuve que le ridicule ne tue pas. A part ça, cet album est bien sympathique sinon, mais c'est pas du Black Sa b', quoi...