Qui a dit que le Death Metal aux consonances égyptiennes était seulement l’apanage du grand
Nile ?
En effet, quoi de plus légitime qu’une formation directement basée à la source, et donc en Égypte même, pour retranscrire cette ambiance si singulière, et qui mieux qu’un autochtone passionné, est plus à même de dépeindre les secrets de la civilisation et du mode de vie, ayant régi l’existence de ses ancêtres ?
Scarab nous arrive donc tout droit du pays des antiques pyramides, et expose avec ce premier album, une fresque assez réjouissante aux vues de sa courte carrière, le groupe ayant été fondé en 2006.
Saluons en premier lieu, le courage et la ténacité de ces artistes issus de terres aussi exotiques, ainsi que leur volonté de s’adonner pleinement à une passion artistique, qui n’est pas vraiment en odeur de sainteté dans les pays du Proche et Moyen-Orient, ce qui ne doit certainement pas être chose aisée, du fait du manque de structures, de labels et de studios professionnels, dévoués au Metal extrême, et qui surtout, doit souvent donner lieu à de véritables chasses aux sorcières, l’intégrisme et le fondamentalisme religieux y régnant, n’étant malheureusement plus à démontrer.
Pourtant, force est de reconnaître que sans réelle expérience,
Scarab a tout de même enfanté une œuvre de bonne facture, dotée d’un son clair et très bien équilibré à défaut d’être surpuissant, et dont la saveur artisanale renforce indéniablement le charme.
Avec ce
Blinding The Masses, à la base autoproduit, mais distribué en Europe par Osmose Productions, lequel ayant désormais signé le groupe,
Scarab nous gratifie d’un album fort honnête, varié et très bien exécuté, à la violence certe relative si on le compare à beaucoup d’autres ferrailleurs évoluant dans le genre, mais tout de même suffisamment véhément, pour ne pas faire pâle figure face à la concurrence.
Il perpétue avec dévotion, un Death Metal qui peut être qualifié de old school, car évoquant plus une époque où il n’était pas encore que question de prouesse physique et de surenchère technique, et bien plus porté sur les atmosphères que sur la vélocité ou le matraquage bovin, de plus en plus répandu dans le style à l’heure actuelle.
Au risque de décevoir ceux qui s’attendaient peut être à un disque pharaonique, dans la lignée des œuvres de
Nile,
Scarab n’a eu à effectuer qu’une courte traversée en direction du vieux continent, afin d’aller puiser une bonne partie de ses influences du côté de la bienfaitrice scène hellénique, évoquant par bien des aspects, son charme méditerranéen si particulier, de par ses sonorités parfois oniriques, et le grain particulier de ses guitares. On pourrait également faire un rapprochement certain, les claviers en moins, avec les slovaques de
Depresy, eux aussi généreusement influencés par les antiques ténors grecques, tels que
Nightfall ou
Septic Flesh.
Blinding The Masses, se dévoile donc par le biais d’un Death Metal aux riffs noirs, profonds et souvent pesants, ne négligeant cependant jamais un aspect mélodique omniprésent, et étant loin de se montrer avare en matière de breaks, de changements de rythmes, ou de passages syncopés, comme le prouve le très bon morceau titre, avec ses relents évoquant curieusement le
Morbid Angel de
Gateways To Annihilation, et ne reniant également pas de subites envolées "thrashisantes", bien mises en valeur sur le ravageur et incisif
Leaders Of Agony, dégageant un entrain communicatif, et accrochant immédiatement l’oreille.
Dévoilant de plus, au détour de quelques passages éparses, de savoureuses ambiances orientales que l’on aurait néanmoins voulues plus marquées, notamment sur l’atmosphérique
Ankh, ou sur la mystique intro
Into The Dunes, on perçoit un groupe aux capacités évidentes, couvant un potentiel qui ne demande qu’à éclore, et capable de grandes choses, si tant est qu’il puisse aller jusqu’au bout de son art.
Que les choses soient claires cependant, la magnificence séculaire, l’emphase et la divine virtuosité du dieu
Nile restent définitivement hors d’atteinte,
Scarab n’ayant de toute manière pas la prétention de concurrencer ce monstre, n’évoluant également pas dans la même catégorie.
La musique pratiquée ici, ne marquera certes pas le Metal de la mort d’une empreinte indélébile, mais ne boudons pas pour autant le plaisir que peut procurer un tel disque, qui à défaut de briller par son originalité, sait se montrer suffisamment persuasif pour se laisser écouter avec un intérêt certain.
Accueillons donc comme il se doit ces jeunes et prometteurs musiciens, méritant pleinement notre soutient, aux vues de la fougue et de l’intégrité qu'ils témoignent.