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Chronique de Elodia

Lacrimosa  - Elodia (Album)

Am Ende stehen wir zwei...



Entrer dans le monde d'Elodia, quand on ne connait pas Lacrimosa, c'est se risquer à un voyage déconcertant, surtout quand le seul contact avec la langue allemande s'est fait avec Rammstein, qui parle certes d'amour (d'une certaine façon) mais avec un chant martial, presque stéréotypé selon l'idée que se fait le commun des mortels de cette langue. Parce que, avec Lacrimosa, on a une espèce d'antithèse du style Oomph!, emprunt d'une délicatesse étourdissante, avec un chant tantôt enjôleur, tantôt agressif, de la part d'un Tilo Wolff surprenant, malgré une voix un peu nasillarde.

Evidemment, amené ainsi, cela ne fait pas forcément envie. Après tout, Oomph! et Rammstein ont fini lentement mais sûrement par supplanter Scorpions et Helloween comme représentants du metal allemand, du fait de l'utilisation de leur langue maternelle, entraînant quelques clones à leur suite (Eisheilig par exemple). On parle de cul, sur une musique forcément très moderne, aux rythmiques indus et on propose des clips et des pochettes cinglantes.

Lacrimosa propose un monde complètement à part. Venu de la scène new wave, le groupe a énormément progressé, l'arrivée de Anne Nurnmi n'a évidemment pas été étrangère à la radicalisation du son, jusqu'à cet Elodia qui représente un aboutissement dans la carrière de la formation. Introduit par cette pochette qui, comme d'habitude, est toujours touchante, avec ce crayonné subtil, cette méticulosité dans le détail sans pour autant être trop chargée. A la fois sophistiquée et dépouillée en quelque sorte, à l'image de la musique développée par Lacrimosa.

Et pourtant, un simple coup d'oeil au verso de la jaquette permet de se rendre compte que ce disque est ambitieux. Il s'agit en effet d'une espèce de concept album construit en trois actes.

Le premier est constitué de quatre titres, parmi les plus courts de l'oeuvre si l'on excepte un Am Ende der Stille qui ouvre le bal d'une façon très délicate, avec un piano mélancolique à souhait, ponctué par un ensemble de cordes langoureux. On rentre de plein pied dans l'histoire sur cette première partie, où l'on découvre un couple dont l'amour meurt inexorablement. Le travail de composition est soigné ; Tilo Wolff n'a jamais caché son amour pour Mozart et le prouve en écrivant de beaux morceaux, romantiques à pleurer avec des montées en puissance effarantes (comme l'arrivée des cuivres sur Am Ende Der Stille. Wolff qui s'occupe bien évidemment de la plus grande partie du chant, en allemand, langue romantique par excellence, ici loin des tonalités brutales d'un Till Lindemann (Rammstein) et rendu étrangement plus humain par le côté quelque peu nasillard de sa voix.

Mais Anne Nurmi n'est pas en reste, en donnant la réplique à Wolff ou en l'accompagnant sur les choeurs (Allein Zu Zweit, belle dans sa nostalgie, qui voit aussi l'arrivée des instruments plus "classiques" au genre). Elle s'illustre également en solo sur The Turning Point, qui achève ce premier acte sur une note défaitiste, qui était déjà sous-jacente (le refrain final, limite hurlé, de Halt mich)...

Parce que dans la seconde partie de l'album, on rentre dans la rupture à proprement parler. Là, on navigue en dépression (superbement illustrée sur Ich Verlasse heut' Dein Herz avant que la guitare ne s'invite pour un long solo final qui vient avertir d'une radicalisation dans le son sur Dich zu töten fiel mir schwer, de loin le titre le plus heavy). Wolff offre là la partie la plus typiquement metal de l'album, toujours teintée de passages plus symphoniques, mais aussi de colère grâce à la virulence des guitares et au chant plus hargneux. On se laisse entraîner dans cette spirale dangereuse jusqu'à la fin, en serrant les dents, en se préparant au pire.

Et l'acte trois de débuter par un requiem. Jamais Lacrimosa n'aura aussi bien porté son nom (autre référence à Mozart, Lacrimosa est l'une des pièces les plus importantes de son Requiem) et on est pris dans un étau terrible, avec le Rosenborg Ensemble dont les choeurs nous filent le grand frisson tandis que l'ensemble prend des allures religieuses troublantes. On se laisse une fois de plus entraîner, on est littéralement happé le long de ces quatorze minutes angoissantes jusqu'à ce que le dernier titre nous apporte une certaine forme de soulagement tandis que pour la première fois s'installe l'espoir.

Vous l'aurez compris, musicalement, Lacrimosa mêle astucieusement des instruments propres au metal à une base classique, et non pas l'inverse. Wolff est un passionné et cela s'entend le long de ces huit titres qui se referment doucement sur l'auditeur, comme une fleur avec le crépuscule... Difficile de ne pas rentrer dans la profondeur de l'ensemble, de ne pas se fondre dans cette oeuvre, que l'on comprenne l'allemand ou non. On peut même y aller de sa petite larme si on est suffisamment sensible pour être touché au plus profond de son être par ce disque romantique. Pour rappel, romantique n'est pas synonyme d'homosexualité refoulée.

Bref, Lacrimosa a réussi un coup de maître avec ce disque poignant et juste. Du metal gothique de très bonne facture, original et unique, qui place la concurrence à des années lumières. En revanche, cet album n'est pas forcément facile d'accès et en rebutera plus d'un prêt à s'y risquer sans filets. Un chef d'oeuvre et un très beau classique du genre. Tout simplement magnifique.



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Elodia - Infos

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Sortie : 1999
Genre : Gothique Metal
Playlist :
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1. Am Ende Der Stille (8:05)à écouter en premierparoles de Am Ende Der Stille
2. Allein Zu Zweit (4:15)à écouter en premierlistenparoles de Allein Zu Zweit
3. Halt Mich (3:56)à écouter en premierparoles de Halt Mich
4. The Turning Point (4:58)paroles de The Turning Point
5. Ich Verlasse Heut' Dein Herz (8:29)culte !culte !paroles de Ich Verlasse Heut' Dein Herz
6. Dich Zu Töten Fiel Mir Schwer (7:56)paroles de Dich Zu Töten Fiel Mir Schwer
7. Sanctus (14:09)culte !culte !paroles de Sanctus
8. Am Ende Stehen Wir Zwei (5:45)paroles de Am Ende Stehen Wir Zwei
écouter : Ecouter l'album



Lacrimosa

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