Il y a deux façons d'aborder ce disque. Soit en faisant référence à la discographie passée du Sab', soit en le considérant comme une curiosité.
L'introduction est brutale. Elle n'est pas faite pour ménager le lecteur, encore moins le groupe qui a pondu un tel album. Il faut dire, la situation au sein de
Black Sabbath n'est pas des plus réjouissante. Ozzy ne sait plus comment noyer son désappointement : la drogue, l'alcool, les deux ? Peut importe le flacon, pourvu qu'on est l'ivresse, telle devait être sa devise à cette époque, lui qui avait plaqué les géniteurs du heavy metal avant d'être recherché par un
Tony Iommi toujours aussi dictatorial dans sa façon de tenir la barre.
Le Sab' n'allait plus dans la direction que voulait Ozzy. Plus que jamais, Iommi cherchait dans les musiques nouvelles des envies, des moyens pour rendre la musique du groupe plus actuelle, mais il n'avait pas compris l'importance du punk. Les kids se moquaient de
Black Sabbath, vieux dinosaures déjà, qui pratiquaient une musique d'un autre âge.
Technical Ecstasy ? Absolument pas dans l'air du temps. Et Ozzy, qui voulait un retour à une formule plus heavy, plus classique, était plus dans le juste. Mais il n'avait plus la force de s'imposer. L'a-t-il vraiment eu un jour, face à un Iommi qui est l'âme damnée de la formation ?
Alors oui, si on se base sur ce que fut
Black Sabbath, cet album fait mal. Hors du temps, loin de la noirceur et de l'ésotérisme qui liait les oeuvres précédentes entre elles, au moins jusqu'au splendide Sabotage. Ozzy n'y croit pas. Il chante parce qu'on lui demande de le faire. En a-t-il vraiment envie ? Il n'en donne pas l'impression tant il a l'air de s'ennuyer. L lourdeur pachydermique des riffs ? Un lointain souvenir. Aussi lointain que ça en devient vide de sens, surtout quand le groupe s'essaye à une batterie imposante sur
Breakout, l'instrumental, où les cuivres ne parviennent pas à convaincre, où l'effet de style tombe à plat, misérablement.
Swinging The Chains, qui poursuit, parviendra vaguement à sauver les meubles. Même si cet harmonica est salement agaçant.
Puis les plus aventureux d'entre vous, ceux qui ne jugent pas un disque au milieu d'une discographie pour comparer, eux, arriveront à se passionner pour des folies comme
Air Dance, baroque et décalée, ou par
Shock Wave mignonnette. Mais de là à crier au génie... Peut-être pas. Il y a une recherche créatrice, mais encore, difficile de croire au discours de
Black Sabbath sur cet album. Difficile de rentrer dans la ronde, difficile de faire bonne figure face à un opus qui tient plus du fourre-tout que de l'oeuvre bien écrite.
Le départ d'Ozzy après cet album n'est pas une surprise. Prévisible. Logique. Avec lui, tout a été dit. Et son départ signifiera son salut et celui de
Black Sabbath.
Never Say Die ! aura pu être un chant du cygne, il n'est qu'un mauvais album qui vient ternir l'image de marque d'un groupe qui aura marqué les années 70 de son empreinte, de façon indélébile. Et pas que les 70, oh non.