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Chroniques :: Chronique de Technical Ecstasy

Chronique de Technical Ecstasy

Black Sabbath  - Technical Ecstasy (Album)

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10

La drogue, c'est mal...



1976. Quelque part, en Angleterre. Un groupe de heavy metal s'entredéchire. Cette formation, c'est Black Sabbath. Les raisons de la discorde ? Ozzy Osbourne voulait revenir à un son plus lourd, plus massif, renouer avec les origines du combo tandis que Toni Iommi ne désirait qu'une chose : poursuivre les expérimentations entreprises depuis le superbe Sabbath Bloody Sabbath, comme un savant fou stimulé par une série de réussites. Des créatures infernales sont nées de ces cerveaux, mais les meilleurs choses ont une fin. En effet, Ozzy passe le plus clair de son temps le nez dans la blanche tandis que Iommi apparait de plus en plus comme un dictateur sans pitié, qui laisse s'enfoncer perfidement son chanteur dans la dépression.

Technical Ecstasy voit le jour fin 76 donc. Une pochette barrée, dans un trip SF très rétro. Le concept est très particulier, mais ce n'est rien comparé à la musique en elle-même. Un peu comme si Black Sabbath avait choisi Am I Going Insane (Radio) de Sabotage comme base de travail tant l'album est décalé par rapport à ce que l'on peut attendre du groupe. Et pourtant, on est dans une continuité. Mais si l'on considère Sabotage comme un des points d'orgue d'une carrière bien remplie, Technical Ecstasy apparait comme un chute. Prévisible. Difficile d'aligner six albums destinés à devenir des classiques du genre et ne pas courber l'échine tôt ou tard.

Pour appréhender ce disque, il convient d'oublier ses repères, ou de se focaliser sur un détail, n'importe lequel. Et là, le premier qui vient à l'esprit, c'est le slip de Bill Ward que l'on peut voir en transparence sur la pochette de Sabotage (on y revient toujours à ce disque...). Apparemment jaune, à carreaux. La grande classe. Maintenant que le sous-vêtement est destiné à hanter notre nuit, on peut glisser mentalement sur les sandales modèle Jésus Christ que ce pauvre Ward aborde sur la pochette du single It's All Right. Tiens, parlons-en de cette chanson ! Totalement atypique pour du Black Sabbath. Pour tout dire, on dirait du Beatles, en moins enjoué, moins coloré. Fait étonnant, c'est Ward qui chante dessus, encouragé par Ozzy. Choix étonnant donc, surtout quand on connait l'amour de Osbourne pour l'ancien combo de John Lennon. Mais continuons ce voyage mystique. On en était aux sandales, pensons donc au pied. Et le pied, on le prend justement sur Back Street Kids, au riff et à la lourdeur caractéristiques du Sab'. Une perle, courte, mais efficace, qui sort indéniablement du lot. Deux chansons, deux ambiances différentes, le jour et la nuit. Et tout du long, les repères s'effritent, la chute est parfois vertigineuse. Le clavier, ici assuré par Gerald Woodruffe prend une part importante dans la musique, exploitant des sonorités modernes à l'époque et qui, miracle ou inconstance stylistique elliptique (ça veut rien dire) n'ont pas trop mal vieilli.

Difficile donc de dresser une ligne directrice franche. On passe facilement du coq à l'âne, à l'image de la ballade She's Gone, superbe, délicate, menée à grands renforts d'orchestrations subtiles, qui précède le sale Dirty Women, gras, suintant, parlant de la vie des femmes qui se prostituent, le morceau le plus long de l'album, servi par un excellent solo de la part de Iommi. Il s'illustrera également sur celui de You Won't Change Me qui est justement très différent de ce à quoi nous avait habitué le Sab' : ambiance certes glaciale, mais domptée par la légèreté et la finesse du jeu de guitare.

Puis il y a le reste. C'est à dire ce qui commence avec It's All Right qui n'a pas vraiment sa place sur un album de Black Sabbath, gentiment inutile et bizarrement nunuche et qui s'arrête avec la fin de Rock'n'Roll Doctor, tout aussi atypique et manquant cruellement de profondeur. Ozzy semble fatigué. Son chant manque de puissance, on le sent à la limite du bad trip en permanence. Son chant habituellement hanté est parfois creux et habité par son désespoir face à la direction prise par le groupe, qui motivera un premier départ quelques mois plus tard. Un sérieux ventre mou d'ailleurs, comme si ce disque avait bu trop de bières et qu'il en payait le prix fort. Et Black Sabbath de prouver qu'il n'est pas invincible en proposant un disque plus faible, bien plus faible qu'à l'accoutumée...

Technical Ecstasy est un album sur le mal-être du groupe. La déchéance de Ozzy, le dirigisme patenté de Iommi, les goûts vestimentaires douteux de l'ami Bill Ward, qui avait déjà de lourds antécédents. Le début de la fin pour certains, le déclin amorcé. Certains y voient un nouveau chef-d'oeuvre, le septième de suite et le considèrent comme une référence. Après tout, la mode est à la réhabilitation de certains albums. Mais sans aller jusqu'à crier au génie, apprécions ce disque pour ses qualités, oublions un instant ses défauts. C'est plutôt bon, parfois un peu mauvais. Mais salement déséquilibré.



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Technical Ecstasy - Infos

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Infos de Technical Ecstasy

Sortie : 25 septembre 1976
Genre : Hard Rock
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Back Street Kids (03'46)à écouter en premierparoles de Back Street Kids
2. You Won't Change Me (06'34)à écouter en premierparoles de You Won't Change Me
3. It's Alright (03'58)paroles de It's Alright
4. Gypsy (05'10)paroles de Gypsy
5. All Moving Parts (Stand Still) (04'59)paroles de All Moving Parts (Stand Still)
6. Rock'N'Roll Doctor (03'25)paroles de Rock'N'Roll Doctor
7. She's Gone (04'51)à écouter en premierlistenparoles de She's Gone
8. Dirty Women (07'15)à écouter en premierlistenparoles de Dirty Women
écouter : Ecouter l'album



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