Obnubilé par l'omniprésence et les frasques artistiques d'un
Stratovarius régnant alors en seigneurs incontesté du royaume Power Metal, peu se souviennent encore aujourd'hui de ce que fut la destiné de Kenziner. Pourtant le groupe, bien davantage que ne le fera
Sonata Arctica avec son Ecliptica, va nous offrir avec la musique de son second album sortis en 1999 intitulé The Prophecies, une véritable alternative à celle de messires Timo.
Pour ce faire, l'expression artistique de ce groupe, d'influence pourtant indéniablement nordique, va puiser quelques caractéristiques divergentes au cœur d'autres scènes ainsi que quelques savoureuse distinctions au cœur même des divers talents qui compose Kenziner.
Pour expliciter ces différences certes peu nombreuses mais pourtant cruciales, commençons donc par évoquer les chants de Stephen Fredrick.
L'artiste possède en effet une voix moins commune que nombres de ces concurrents, notamment ceux déjà évoqués. Plus médium, plus rugueuse, moins mélodique, plus saxonne pourrait-on audacieusement dire, son travail va, ainsi enrichir d'emblée la musique de Kenziner. Lui conférant une gravité et une majesté quelques peu inaccoutumé pour le genre finnois, il va offrir un surcroit émotionnel à cette album (les superbes Through the Fire, The Prophecies...). Et pour peu que les constructions mélodiques de cette œuvre nous offre des titres aux refrains spontanément communicatifs réussis et des harmonies entreprenantes et efficaces, le plaisir demeure intense (les excellents et véloces Live Forever à l'admirable préambule au piano, The
Razor's Edge, mais aussi, par exemple, Eternity).
Parlons ensuite de ces claviers qui, loin d'être envahissant et inutilement exubérants, comme peuvent parfois l'être ceux usités par un
Stratovarius de temps à autre trop démonstratif, sont composés de manière subtile et discrète par Mikko Harkin (Live Forever, Lost in a Fantasy...). Il est à noter que le musicien officiera, plus tard, au sein de
Sonata Arctica. Et bien plus tard encore au cœur de Symfonia.
Parlons encore du travail de production de l'américain David T.
Chastain qui dote cette album d'une puissance équilibrée, et d'une énergie toute en maitrise, qui offre, une fois encore, un surcroit de relief à un album qui, pourtant, n'en manquait pas.
Disons, pour en terminer une fois pour toute avec cette analogie fino-finlandaise, que l'expression de Kenzinner est quelques peu moins ambitieuses et plus simple que celle des Timo.
Au vu de toutes ces considérations, la conclusion s'impose d'elle même: ce qui transcende indiscutablement Kenziner est son aspect le moins nordique. Ce sont donc ces différences là qui donnent à The Prophecies tout son caractère.
Pourtant si artistiquement l'œuvre est une réussite, elle ne séduira que très modestement le public. Pourquoi?
Nul doute qu'une partie de la réponse à cette question se trouve dans les affres de cette incessante comparaison opposant Kenziner à
Stratovarius. Nul doute aussi qu'elle se trouve, plus certainement encore, dans la genèse tonitruante d'un
Sonata Arctica qui, pourtant, avec son premier effort, sera bien davantage conservatiste que ne le fut Kenziner avec ce The Prophecies.
Quoiqu'il en soit, l'un des objectifs essentiel de l'exercice de la chronique consiste à mettre en lumière l'excellence de ces œuvres injustement ignorées, injustement oubliées, injustement méprisées et, en quelques sortes, mortes prématurément. The Prophecies, remarquable deuxième album des fino-américains de Kenziner, fait assurément partis de cette catégories d'œuvres défuntes à laquelle il faut rendre hommage. Un hommage qui, espérons-le, lui redonnera quelques une de ces lettres de noblesses qu'elle mérite amplement.