Viens petit, on va remonter le temps...On va revenir presque quarante ans en arrière, alors qu'il n'y avait pas
Children Of Bodom, pas
Rage Against The Machine, pas
At The Gates, pas
Metallica, même pas
Iron Maiden...Aucun des groupes qui ont fait du métal ce qu'il est aujourd'hui, et, à leur manière, fait bouger les choses et fait évoluer ce genre de musique.
Non, on est en 1969, l'année érotique de Gainsbourg, les Rolling Stones sont témoins d'un meurtre à Altamont,
Jim Morrison et
Jimi Hendrix, les êtres parmi les plus proche de dieu à l'époque ne vont pas tarder à brûler leurs ailes et à finir étouffés dans leurs vomis respectifs (sale mort pour une rock star, parlez en à
Bon Scott)...
Quelques groupes anglais ont pondus des riffs pêchus au possible (pour l'époque, et pour la postérité aussi), et
Jimmy Page rebaptise ses New Yardbirds en dirigeable de plomb, mais tout cela reste quand même du côté clair de la force: ça n'en a pas le nom mais ça reste quand même assez hard rock...
Tandis que moi je te propose du sale, du glauque, du sombre...Du noir ! LE groupe qui a créé le métal, vraiment, sous sa forme la plus définie.
Black Sabbathtout simplement...
Prenons donc cette galette morceau par morceau: tout d'abord, orage et cloche, c'est l'inquiétant
Black Sabbath...Un peu de puissance et beaucoup d'ambiance, un riff qui t'écrase au sol, lourd et lent, et la voix torturée d'
Ozzy Osbourne ("Oh no no! Please God help me...") avec un final qui s'emballe dans une cavalcade pour déboucher sur le solo...Les hippies qui montaient le son de leurs amplis peuvent aller se rhabiller: ici c'est négatif et perturbant, c'est pas du flower power, ça innove, et c'est pour ça que c'est génial.
Ensuite The Wizard et son harmonica nous rappellent que le Sab', c'était du blues rock avant.Mais tout reste génial, les petites envolées de Tony Iommi,la batterie qui groove comme c'est pas possible...Un régal, et un des meilleurs titres des quatres anglais.
Après on change de ton et on revient un peu dans les thèmes abordés lors de la première chanson, en tout cas musicalement:Behind The Wall Of Sleep (d'après une nouvelle de
H.P. Lovecraft, qui a aussi influencé
Cliff Burton si ça vous intéresse), ça envoie du riff grondant, lourd et menaçant comme un orage, puis des petites accélérations de virtuose.
Puis voilà N.I.B., le plat de résistance, LA meilleure chanson de cet album, avec un solo de basse pour commencer, un riff qui tue (votre serviteur s'est usé les doigts sur son instrument avec ce morceau là...mais n'y voyez pas d'allégorie mal tournée bande de dégoutants ; ) , un chant habité, des solos partout, partout...A croire que
Black Sabbath a composé ça pour montrer à quel point ils savaient jouer et faire des choses fantastique.Celle là aussi est une des meilleurs chansons du skeud, voire un des meilleurs morceaux de métal, et de rock en général, je n'ai pas peur de le dire...Car si certains titres ont vieillis, celui là n'a pas pris une ride, c'est du vintage, mais increvable, et même maintenant il y a énormément à prendre là dedans.
La suivante, Evil Woman, est un blues endiablé et génial, mais elle, a vieilli.Moi je la trouve génial, mais parce que j'adore le blues, ce n'est pas un morceau indémodable à la N.I.B. .Mais bon, pourquoi leur en vouloir parce qu'un titre est un peu moins bon que celui d'avant?
Sleeping Village nous remets dans une structure plus sabbathienne: riff rouleau compresseur et envolée , avant de s'enchainer avec The Warning, un autre blues, mais très peu reconnaissable et transfiguré. Tony Iommi s'enflamme et visite des contrées guitaristiques inconnues et étrange tandis que Ward et Butler tienne la rythmique solidement et méchamment, comme des titans. Ici ça sonne métal, mais on se rapproche parfois du blues et du jazz, et c'est que du bonheur.
Enfin on finit sur Wicked Wordl, un morceau qui rock à souhait, avec une batterie jazzy délicieuse, et soudainement paf! passage en arpèges, avec sans doute la "dissonance" décrite par Lester Bangs, et puis paf! la guitare sort un break blues rock, et puis paf! on revient au riff de départ.Un devin de l'époque aurait du dire:"quand la musique du diable d'hier(le blues) rencontre celle de demain(le métal) sous les auspices de celle d'aujourd'hui (le rock)..."
Un album assez homogène donc, avec des chansons alternant solos rapides et rythmiques oppressantes.Mais c'est aussi un album qui explore des terres nouvelles pour l'époque.Maintenant il n'est plus nécessaire de l'écouter en boucle, mais il faut connaître cet album, tout simplement parce qu'il contient le passé et le futur du métal,qu'il a cloturé l'ère dorée des sixties avec brio et que c'est l'album génial d'un groupe génial, qui continuera à faire encore mieux quelques albums après.A classer dans le top 50 des meilleurs albums de métal, et dans le top 10 des meilleurs albums de rock, tout simplement parce que c'est l'acte de naissance d'un genre, ni plus ni moins