Paul Stanley prit
Gene Simmons entre quatre yeux (et non pas en levrette, espèce de petit obsédé, quoique, lors d'une partie fine, dans le feu de l'action, peut-être que... ?) et lui tint approximativement ce langage :
- Gene, ce serait bien que tu te sentes un peu plus concerné par
Kiss, boudidiou !
Ce à quoi le bassiste à la langue à rallonge aurait répondu :
- C'est vrai Paul, je te promets de revenir sur le devant de la scène et de faire du hit à gogo.
Bref, on assiste à un retour plus assidu de Gene Simmons à la composition et enfin le musicien redevient concerné par l'avenir de son groupe qui flottait dans des eaux troubles, entre succès commercial (que des disques de platine depuis Lick It Up) et albums mal fagotés, alliant le meilleur et le pire sur le même espace. Et pour le coup,
Kiss commet une erreur de taille en s'alliant pour la première fois depuis un bon bout de temps à un producteur extérieur, en l'occurrence
Ron Nevison, responsable du
Bad Animals de
Heart, au son très calibré pour les bandes FM des radios ricaines.
Et de leur côté, les musiciens, surtout le côté bicéphale des leaders, s'est intéressé à ce qui se faisait à cette époque, à
Van Halen pour certains passages bien sentis (
No, No, No à l'intro à lisser les permanentes), ainsi qu'à
Bon Jovi pour ce qui est des mélodies acidulées et des claviers qui s'immiscent dans des compositions relativement faciles. Car inutile de se leurrer plus longtemps, ce
Kiss a un côté sympathique par ses refrains immédiats qui donnent envie de les reprendre en choeur sous la douche (au risque d'avaler son shampoing), mais sa durée de vie risque d'être très limitée sur la platine en raison d'un côté ringard qui s'assume mal.
Là où
Animalize et Asylum possédaient encore un son relativement heavy, celui de Crazy Nights est mollasson, sans réelle ampleur. La batterie d'
Eric Carr peine à claquer, on ne retrouve pas sa frappe lourde et puissante, les soli de
Bruce Kulick (qui réussit l'exploit de faire un deuxième disque consécutif avec
Kiss) ne sont guère virevoltants. L'homme est bien loin de faire de l'ombre au jeune
Ritchie Sambora qui faisait des étincelles avec Bon Jovi.
Gene Simmons a beau revenir aux affaires, il n'arrive pas à retrouver de sa superbe et une fois de plus, une partie de ses morceaux s'avèrent décevants. Paul Stanley continue à apporter une touche glam, mais la production ne parvient pas à mettre son travail en avant, cela sonne trop aseptisé pour réellement être motivant. Et le refrain de
When Your Walls Come Down reste toujours aussi kitsch et dégoulinant de mièvrerie des années plus tard, ce défaut s'accentuant même avec le temps.
Paradoxalement, Crazy Nights sera encore une fois certifié disque de platine, comme quoi Stanley et Simmons restent des Midas en puissance même si on peut très légitimement rester sur sa faim face à un album aussi facile et limite, honteux pour un groupe qui a pondu des perles heavy comme
Creatures Of The Night et Lick It Up cinq ans plus tôt...