Premier album du groupe irlandais Cruachan, Tuatha Na Gael est sans doute celui où l’influence black est la plus marquée, à vrai dire surtout dans le chant. La mélodie est plus influencée par la culture populaire et fait usage des instruments traditionnels (flûte irlandaise, viole…). A l’évidence, le groupe veut réaliser dans sa musique la fusion de la culture celtes et du monde du métal : les textes sont des reprises de légendes ou du Seigneur des Anneaux, dont l’atmosphère n’est pas très éloignée (Tolkien était passionné par les celtes), et le chanteur en fait une interprétation digne de
Shagrath.
Tuan fait l’introduction de l’album, un morceau instrumental où est présentée un échantillon de la gamme d’instruments du groupe. La guitare acoustique s’élève sur une imitation du bruit du vent, bientôt relayée par l’elbow pipe (sorte de cornemuse irlandaise, mais au son moins nasillard que la version écossaise). Sans transition, la guitare électrique prend le relais, bientôt suivie par le chanteur, la batterie et la basse ; c’est
The first battle of Moytura, et le contraste est plutôt violent. Elle raconte la conquête de l’Irlande par les Tuatha de Danan (littéralement «les enfants de la déesse Dana », un peuple légendaire) ; à vrai dire le texte ressemble plutôt à un poème épique genre chanson de Roland : une histoire ou une chronique mais qu’on raconte en vers. Ca donne aux chansons une structure originale, et ça oblige le chanteur à utiliser un rythme assez particulier, un peu saccadé.
Aeves March, nouvel intermède instrumental, débute sur un air de tin whistle (sorte de flûte irlandaise) repris par la batterie et le clavier. Un nouvel exemple de fusion des sons de différentes époques…
L’enchaînement sur
The Fall of Gondolin est encore une fois très bourrin, on retrouve sans transition la voix black de Keith Fay et son accompagnement.
Cuchulain mêle un peu plus les instruments, rajoute du chant masculin normal par moment, mais on reste sur la structure de
The first battle of Moytura, d’autant plus que l’histoire raconte un autre mythe, Cuchulain (« le chien de Culann ») étant un héros légendaire de l’Irlande.
Tain Bo Cuailgne continue de même, avec un airs de flûte et de bodhran (sorte de tambour primitif), intercalé au milieu. Avec une intro mêlant flûte et batterie, on enchaîne sur
To Invoke the Horned God, où les instruments traditionnels sont un brin plus présent. Ils s’accordent plutôt bien avec le style black, trouvant de façon naturelle leurs places dans la mélodie.
Après
Brian Boru, une nouvelle transition instrumentale, on enchaîne sur la dernière chanson officielle de l’album,
To Moytura we Return, écho de la deuxième chanson qui raconte la suite de la légende des Tuatha de Danan.
Le style de l’album est clairement plus black que folk, mais le rythme des chansons est inhabituel, et les mélodies sont calquées sur des airs populaires ; c’est cela qui donne son originalité à l’album, plutôt que l’utilisation épisodique d’instruments traditionnells, qui ajoutent pourtant un certain charme et soulignent le côté « légendes vraies» des textes.
Les trois pistes bonus,
Return,
Erinsong et
O Ro Se Do Bheata Bhaile sont d’un tout autre acabit. La voix black a disparu, remplacée en bonne partie par la voix de la chanteuse, Karen Gilligan ; la batterie et la guitare sont beaucoup moins présente ; bref, on a du mal à croire que c’est le même groupe. Les mélodies sont toujours issues de chansons populaires, mais elles sont interprétées dans un style mélodique.
On se demande néanmoins pourquoi Cruachan joue tantôt dans un style tantôt dans l’autre, et ne cherche pas à les mélanger comme le font d’autres groupes : s’agit il d’un parti pris, ou manque de moyens techniques ? Peut être cet album n’était il qu’un coup d’essai, car dans les suivants le style change radicalement, abandonnant l’essentiel des tendances black.
La grande force du métal, je pense, réside moins dans sa capacité d’innovation (qui pourtant est grande) que dans sa capacité de s’inspirer d’autres styles musicaux, et d’allier des genres très différents que ce soit classique, électro, punk ou pourquoi pas, musique traditionnelle…