Le CD qui fit entrer
Haggard dans le metal et dans la légende… Après trois démos produites avec les moyens du bord, aujourd’hui totalement introuvables, nos munichois se décidèrent enfin à réaliser un album complet. Comment, dans quel conditions ? Difficile de savoir... Le site officiel est avare d’informations. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il s’agit d’un album relativement court, seulement huit chansons. Le dessin de la pochette est dans le style des gravures de Dürer, un peintre et graveur allemand du XVIème, l’un des plus grands artistes de son temps. Normal, car c’est la période évoquée.
Les paroles sont déjà de véritables chefs d’œuvres, comme toujours avec
Haggard. Elles sont presque autant en allemand et en latin qu’en anglais et reflètent la vie quotidienne du moyen âge, mais aussi l’omniprésence de la religion et la terreur de l’Inquisition.
On trouve déjà toutes les composantes qui font le style et la renommée du groupe : diversité des voix et des mélodies, atmosphère envoûtante, et surtout la subtile alchimie entre death et musique populaire de la renaissance et du moyen âge…
Une très joli composition instrumentale classique fait l’entrée de l’album et de
The Day as Heaven Wept, subtile mélange de hautbois, de clavecin et d’instruments à corde, qu’un soupçon de batterie vient relever avant l’arrivée de la soprano et de son alter ego masculine. Elles se taisent, et le murmure d’une nouvelle voix, sifflante comme un serpent, vient se mêler à un chœur monastique, avant que n’explose la voix death et le son metal…
Et tout l’album continu comme ça. Alternance de voix growls, soprano, alto et ténor ; de mélodies de danses, de chansons du moyen âge, de riffs heavy ; pour pimenter encore un peu le tout, des chœurs de style monastique, des morceaux de clavecin ou de piano, de petits airs de flûte ; et même dans
A Midnight Gathering, un petit air martial… Bref, sans cesse des compositions et des arrangements instrumentaux étonnant.
Pour autant les compositions n’ont pas encore autant de caractère que les albums qui suivront ; on ne trouve pas là de chansons aussi audacieuses que
Pestilencia ou
The observer, ni aussi suave qu’
Herr Manelig. Quoi que déjà
De la Morte Noire est assez étonnante en son genre, mais sans véritablement sortir de leur style…
L’accent est aussi très fortement mis sur l’intégration de la musique classique, car le plus difficile est l’intégrer véritablement au métal, d’harmoniser une musique six fois centenaire avec le son d’une guitare électrique ; et qu’on le veuille ou non cela nécessite plus que du talent ordinaire. Mais la conséquence en est, pour ce premier album, un certain manque de puissance ; un style qui peut lasser les auditeurs peu accoutumés au classique. Tendance qui fut pleinement corrigé par la suite.
Mais la maîtrise est bel et bien là et d’emblée la barre est placée très haut, bien plus haut que la plupart des groupes célèbres ne le firent pour leur première album. Ce qui permet à ce petit album de tenir plus que dignement sa place dans la discographie de
Haggard.