Avec
Century Child,
Nightwish s'était enfermé dans une espèce de routine; A vouloir faire un
Wishmaster bis, le groupe, mené par un
Tuomas Holopainen en perte de vitesse, avait posé un genou à terre. Derrière, d'autres formations n'attendaient que ça pour donner le coup de grâce, mais ce couperet ne tomba jamais. Malgré une concurrence furieuse, Nightwish conservait la préférence des fans dans ce genre alors que d'autres combos valaient largement les Finlandais.
Quand le single
Nemo parait, les avis sont une fois de plus mitigés. Il est facile d'être écoeuré par un titre aussi facile, avec une mélodie un brin niaise, sans envergure. Et le doute quant à la qualité de ce Once serait permis sans "la face B",
Planet Hell, défini par son géniteur comme le plus mauvais titre de l'album. Ben mon con, des mauvais titres comme ça, j'en voudrais plus souvent ! Le London Studio Orchestra, conduit par
Pip Williams, ouvre les hostilités de façon épique, presque guerrière. L'ambiance Seigneur des Anneaux est perceptible (c'est le même orchestre qui avait arrangé la BO du film), indéniablement. Quand le groupe fait son arrivée, c'est en conquérant. Riff heavy, rythmique carrée et précise, clavier discret. Le bassiste
Marco Hietala pose une voix râpeuse, agressive sur le couplet, avant de donner la réplique à une
Tarja Turunen moins lyrique que par le passé, mais bien en place et toujours exceptionnelle. Le solo de Tuomas laisse place à des choeurs d'une rare intensité. Du tout bon... Ce qui laisse songeur sur plusieurs points (dont le principal concerne Holopainen et ses goûts).
Et l'album en lui-même ? En définitive et pour couper court à tout suspense inutile, l'ensemble est très inégal, à l'image du Century Child. Entre bavardage, ennui et éclats de génie, on est souvent balloté durant ce disque. Pourtant, la première partie est très intéressante même si certains traits de composition peuvent laisser pantois (l'arrivée du chant sur
Dark Chest Of Wonder est délicate à apprécier tant elle semble incongrue). Mais plutôt que de tabler sur des acquis ayant fait leurs preuves par le passé, le groupe décide d'explorer de nombreuses voies, prenant parfois des risques. Ainsi,
Wish I Had An Angel étonnera avec son beat à la
Rammstein, mais néanmoins bien balancé. On passera rapidement sur
Nemo et l'excellentissime
Planet Hell évoqués plus haut pour s'attarder sur l'une des pièces maîtresses de l'album, le délicat
Creek Mary's Blood, qui parle du massacre des Amérindiens. Et qui d'autre pour illustrer ce sujet douloureux que
John Two Hawks, musicien d'origine indienne ? Ce dernier apporte un côté chamanique qui donne des frissons. Un très grand moment de musique. On s'attardera également sur
The Siren et son ambiance orientale, qui tranche subitement avec la noirceur douloureuse de
Creek Mary's Blood.
Si l'on était encore à l'époque du vinyle, on tiendrait là la meilleure face. Variée, relevée, ingénieuse par moment, plus facile par endroits. En effet, la seconde partie est bien plus inégale. A l'instar de Century Child, on est d'office confronté à un ventre mou. Le plus dérangeant est qu'il est constitué de morceaux heavy, où la guitare se taille la part du lion. Malheureusement,
Emppu Vuorinen est si ancré dans ses riffs sacadés et sans ouverture que ça en devient lassant.
Dead Gardens et
Romanticide ont du mal à remplir leur office et ne peuvent rivaliser avec les perles de la première partie de l'album. Ensuite,
Ghost Love Score vient cristalliser les défauts de composition de Tuomas Holopainen sur les titres longs. Les fans peuvent hurler à l'indécence, à l'incompréhension, ils peuvent réclamer ma tête, rien n'y fera, je camperai sur mes positions. Ce titre aurait pu être d'une platitude navrante si les refrains et le final n'avait pas donné un souffle épique digne de cette composition ambitieuse, qui se voulait pensée comme une BO de film. Etrangement,
Planet Hell serait bien plus convaincante dans ce registre. On termine avec deux ballades,
Kuolema Tekee Taiteilijan, interprétée en finnois, avec juste Tarja, l'orchestre et des choeurs. C'est joli, mais il manque là encore un petit quelque chose, comme par exemple cette force évocatrice que l'on trouvait sur
Lappi (Lapland) de l'
Angel Fall First. Et l'album s'achève sur un
Higher Than Hope émouvant, mais là encore sans réelle envergure.
Bilan mitigé donc. S'il y a des motifs de satisfaction évidents (rien que le chant de Tarja qui a beaucoup évolué pour cet album, moins lyrique donc, mais toujours aussi puissant), le tir n'a pas tout à fait été corrigé par rapport à Century Child et l'écart n'est en définitive pas si grand. Nightwish a encore manqué son disque, même si celui-ci sonne plus frais, plus original. Mais en définitive, on pourrait penser qu'il pourrait s'agir d'un manque de modestie de la part du principal compositeur...
Therion sortait son diptyque
Lemuria/
Sirius B la même année. Les fans de metal symphonique auraient plus intérêt à investir dans ces deux disques, celui-ci restant encore trop perfectible.