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Chronique de Hameln

In Extremo  - Hameln (Album)

Suivons le joueur de Flûte...



Un an et des poussières après leur premier album, nos Berlinois d'In Extremo récidivèrent ; avec un album beaucoup plus long cette fois (pas moins de 16 pistes) et un style un peu plus affirmé. La composition de l'album reste globalement la même : majoritairement instrumental, adaptation de danses ou de chansons traditionnelles ; deux morceaux chantés, mais cette fois intercalés en début d'album et non plus rajoutés à la fin. Autant le dire clairement : que ceux qui n’aiment pas le hautbois et la cornemuse passent leur chemin !
Pour les autres, quelques éléments nouveaux cependant. D'une part trois courts interludes, à chaque fois un court discours en allemand, qui permet d'apprécier le caractère guttural de la langue et pour certains (dont moi) d'essayer désespérément de se remémorer les vagues bribes d'allemand hérité du collège. D'autre part l'ajout par ci par là de « bruitages » (cris d'enfants, pleurs, bruits d'animaux) destinés à rajouter à l'ambiance des morceaux instrumentaux. La trop grande répétitivité qu'on pouvait reprocher à Gold s'en trouve donc en partie évacuée ; pour autant, la dominante instrumentale de l'album n'en est guère diminuée. A tout prendre, elle ravira les fans d'Apocalyptica en quête de nostalgie.
Que dire d’autres ? Tout comme son prédécesseur, cet album échappe à tous les standards ordinaires. Passons donc à une description plus approfondie…


L'album débute par un curieux laïus en allemand, relativement long, présentant, pour ce que j'en ai compris, le groupe sur un ton humoristique.
L'orateur laisse place à un doux cliquettement de tambourin, bientôt suivi des notes longues et plaintives d'une cornemuse, rapidement rejointe par les hautbois médiévaux, percussions et autres instruments anciens de leur répertoire. Il s'agit là de l'air d'une antique balade française : Quant je sui mis au retour/De veoir ma dame,/Il n'est peinne ne dolour … Et d'un morceau repris de Gold.

Suit un autre morceau instrumental en tout point remarquable : une adaptation du Stella Splendens, l'un des dix derniers morceaux connus du Livre Vermeil de Montserrat. Ce manuscrit, rédigé vers 1400, était un recueil de cantiques destiné aux fidèles faisant le pèlerinage jusqu'au monastère de Santa Maria de Montserrat, l'un des plus anciens et des plus grands de Catalogne, et l'un des plus célèbres de toute la chrétienté. Autant dire que ce morceau fait probablement partie des plus anciennes compositions musicales à nous être parvenues.
C'est un morceau beau et calme, relativement simple, puisqu'il était destiné à un public populaire.
Vor Vollen Schüsseln suit, dans un style différent. Il s'agit de la première chanson de l'album comportant un chant, dans un allemand un peu ancien. C'est un chant lent et grave, triste ; la voix est lourde et rocailleuse à souhait, tout comme celle d'un ancien paysan. De quoi parle-t-elle exactement, d'où vient elle, je n'ai pas encore trouvé la réponse. La traduction des paroles n'éclaire pas du tout : il y est question d'un homme « plongé dans la m** jusqu'aux dents », qui reste « affamé devant les assiettes pleines » et « glacé devant le feu » que tout le monde « vénère et abreuve de crachat » ( « verehrt und angespien ») ; d'ailleurs la chanson se termine par un violent bruit de raclement de gorge et d'éructation. Cette chanson m'a beaucoup intrigué, et j'ignore toujours à quoi elle fait allusion. Si quelqu'un le sait...

Traubentritt, gaie et enjouée, ragaillardit l'atmosphère avant l'arrivée de la deuxième chanson « chantée » de l'album : Twe Sostra (« deux soeurs »). Il s'agit une fois de plus d'une balade ancienne, en suédois cette fois. Deux soeurs descendent au lac, elles rencontrent un musicien. Il joue si bien que l'une des deux l'épouse, elle meurt pendant la nuit de noces. Un très vieux thème issu de la culture populaire, que s'approprièrent les frères Grimm... Dans la forme, c'est une chanson des plus traditionnelles, incontestablement issue du folklore paysan : chant lent, ponctué de percussions, dissociation entre le chanteur principal, et la foule qui reprend en choeur après un temps d'arrêt.
Après un nouveau discours en allemand, Estampis qui, Dieu sait pourquoi commence par une sonnerie de téléphone, nous charme d'un joli morceau de cornemuse parfaitement exécuté. Ceux qui ne connaissaient pas cet instrument en solo ont ici l'occasion de le découvrir.

Suivent deux morceaux un peu plus nostalgiques mais tout aussi sympathiques, Doedet et Franzoesisch (français). Une dernière harangue dans la langue de Schiller, et voilà Wie kann ich das Herz meiner Liebsten gewinnen (« comment puis-je gagner ce coeur de mon amour »... Encore un air emprunté à une chanson qui ne doit pas dater d'hier. Certainement une histoire de berger et de bergères, étant donnée qu'elle se conclut par un magnifique choeur de bêlement !
Hameln tranche un peu. Pas franchement dans le style musical, puisque la cornemuse y prédomine, plutôt par la source d'inspiration : l'histoire est cette fois directement emprunté au frère Grimm, le conte du joueur de flûte de Hameln. Derrière l'air de cornemuse, on entend petit à petit des voix et des cris d'enfant, qui deviennent de plus en plus fort ; bientôt s'y mêlent des cris de détresse, au fur et à mesure qu'ils se noient... Puis le silence se fait et la musique s'éloigne.
Vient ensuite Merseburger Zaubersprüche, un air lent, un peu triste. Apparemment, elle s’inspire d’un ouvrage médiéval ; un recueil d’incantations magiques !
L'air se prolonge sur Lyte, où les pleurs d'un bébé viennent se mêler à la mélodie, j'ignore pourquoi. L'album s'achève sur un curieux petit air, d'abord sifflé puis accompagné de percussions, puis repris à la cornemuse de façon volontairement maladroite.


On l'aura compris, Hameln est bien représentatif de la première période d'In Extremo : ce qu'on pourrait appeler la période symphonique, ou instrumentale. Il en marqua la fin également, car l'ambiance changea radicalement avec Weckt die Toten!. Mais la suite au prochain numéro !

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par Ouraz, le 23 décembre 2009
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Hameln - Infos

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Sortie : mars 1998
Genre : Folk Metal
Playlist :
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1. Intro - Ecce Rex / Bandary (08:00)paroles de Intro - Ecce Rex / Bandary
2. Pavane (02:50)paroles de Pavane
3. Schaf Ödä Nix Schaf (03:12)paroles de Schaf Ödä Nix Schaf
4. Tourdion (04:29)paroles de Tourdion
5. Neva Ceng I Harbe (03:00)paroles de Neva Ceng I Harbe
6. Für Bo (02:34)paroles de Für Bo
7. Quant Je Sui Mis Au Retour (02:53)paroles de Quant Je Sui Mis Au Retour
8. Neunerle (03:03)paroles de Neunerle
9. Lulbap / Como Poden (05:37)paroles de Lulbap / Como Poden
10. Villeman Og Magnhild (03:38)paroles de Villeman Og Magnhild
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In Extremo

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