En 1997, une bande d'allemands sur lesquels pesaient de forts soupçons de démence sortirent ce modeste de album 10 pistes, qui vint confirmer les soupçons de certains, et déchainer la joie de ceux qui apprécièrent cet improbable compilation d'airs populaires anciens, revus façon metal et interprétés à la cornemuse.
Inutile de dire qu'on était encore très loin de la notoriété, malgré les deux démos prometteuses qui avaient précédés. Ne parlons pas de leur style, presque uniquement instrumental à l’époque, lui aussi très loin de ce qu'il est aujourd'hui. En fait les huit premières chansons n’avaient pas grand chose à voir avec du metal, si ce n’est l’omniprésence des percus et quelques hurlements de temps en temps. Pour le reste ce n’était pas même du folk, non, purement et simplement de la musique traditionnelle paysanne, qui n’aurait pas parue déplacée dans n’importe quel marché de Poméranie ou du Palatinat d’il y a deux cents ans.
Ou de France d’ailleurs, car la mélodie du deuxième morceau, Pavane, n’est autre que celle de l’une de nos antique chanson d’amour, d’ailleurs reprise par Alexandre Astier dans sa célèbre parodie du roi Arthur et de la cour de
Kamelot. Le quatrième, Tourdion, est également tirée du répertoire français, mais il s’agit cette fois d’une chanson à boire. Bel est bien tombée dans l'oubli celle là, elle ne traine plus que dans les vieux romans que personne ne lit.
Instrumentalement, les bases étaient posées : cornemuse, harpe, chalémie (sorte de hautbois médiéval, en bois, la fameuse flûte qu’on voit sur toutes leurs vidéos !).
Pas de batterie, mais sur Neunerle, un martèlement de grosse caisse produisait le même effet. Quand au fondateur, Michael Rhein, il se contentait la plupart du temps de jouer du cistre, sorte de guitare de la renaissance tombée dans l’oubli depuis 1800, remis au goût du jour dans les années 1970.
Le style changeait totalement sur les deux dernières pistes. Lulbap-Como Poden faisait la transition : commençant directement par un chant typiquement médiéval, à trois voix en chœur désaccordé (échelonnage des intensités et des tessitures) ; sans prévenir guitares et batterie démarrent, et le chant suit le mouvement, devenant court et scandé. Au beau milieu de la fête du village, débarquement brutal d'
Iron Maiden ! Pour une raison que j’ignore les paroles sont en danois ou en bas allemand, ou en tout cas dans langue germanique pas très courante.
Villeman og Magnhild enchainait dans un style encore différent : d’abord une chanson typiquement traditionnel, avec un chanteur principal et un chœur masculin reprenant le refrain, puis un mélange de chalémie et d’instruments modernes, et cette fois le style
In Extremo tel que nous le connaissons apparait clairement : mélange d’instrument modernes et traditionnels, voir médiévaux, chant grave, un peu rauque, bien rythmé.
Voilà donc un album bien particulier pour le monde du metal, du fait de sa dominante instrumental et symphonique, mais parfaitement logique dans l'évolution du groupe, du fait du changement de style des dernières chansons. Très probablement, le groupe ne voulait pas laisser perdre ses premières compositions, d'où la décision de les regrouper sur cet album avec une ou deux de leurs dernières productions. Et c'est ainsi que naquit
In Extremo.