Etre chroniqueur est, au-delà de toute perception égocentrique, souvent assez facile. L’exercice qui consiste à mettre des mots sur le travail d’artistes, la plupart du temps, sincères s’accompagne invariablement d’une réflexion résultant d’un apprentissage d’où chacun tirera les enseignements qui lui conviennent et qui feront, culture et caractère aidant, le propre style de chaque chroniqueur. Sans entrer dans un exposé long et laborieux, distinguons, tout de même, les différentes parties les plus usuelles de cette activité. Arrivent alors, à ce moment précis, le sempiternel débat qui opposent tout émetteurs d’avis, quel qu’il soit, se retrouvant confronté à un autre émetteur d’avis, aussi quel qu’il soit mais si possible différent. Le contestable équilibre entre la subjectivité honteuse et l’objectivité respectable. Si certains faits demeurent indéniables, et donc, forcément, objectifs, tels que des éléments aussi basiques que le nom du groupe, de l’album, le nombre de piste ; dès qu’entre en scène la part de jugement, forcément, nécessaire qui conduis le rédacteur à donner son opinion, à mettre des mots sur son ressentis par rapport à une œuvre, touchant ainsi du doigt des notions aussi abstraites propres à chacun, on s’enferme alors, forcément, dans une subjectivité problématique et périlleuse.
S’ensuivent dès lors nombres de manifestes aussi divers que variées. Du plaidoyer transis, dégoulinant de fanatisme, sans aucune vérité autre que le ressentis du chroniqueur ; de la notice descriptive froide, débordant de détails, sans aucune passion ; au mélange des deux privilégiant tantôt plus l’un, tantôt plus l’autre. Le summum du ridicule étant lorsque « l’écrivain » inverse ces deux pôles d’écriture en nous proposant son ressentis comme des faits incontestable que, souvent, le temps finis par, étrangement, contester. Evidemment la chronique parfaite est un mélange, plus ou moins subtil, des ces deux axes. Et la chronique devrait être la plus parfaite possible.
Elle le pourrait si nous n’étions pas désespérément humains. Elle le pourrait si nous ne laissions pas submerger par nos passions, par nos émotions. Au rang de ces émois qui nous pervertis, indiscutablement, il y a la nostalgie.
Lorsque sort ce
Temples Of Gold, en 1990, c’est une autre époque. Une époque où Francis Zégut martyrisait nos « cages à miel » tous les soirs sur RTL avec son Wango Tango, nous faisant découvrir les légendaires instigateurs tels que Led Zep,
AC/DC,
Deep Purple ou encore
Black Sabbath ; mais aussi d’habiles successeur tels que Queensryche ou, justement,
Victory.
Victory c’est tout d’abord des musiciens doués. Comptant en son sein un très bon guitariste en la personne d’
Herman Frank, membre fondateur d’Accept, mais surtout un excellent Fernando Garcia, chanteur émérite dont le talent, dans l’exercice demandé, est toujours, au moins, intéressant, et parfois juste incroyable. Egérie de cette mode aux voix aigues sans trace de quelconque influences chaudes et bluesy, il illumine l’œuvre de ses aptitudes. Cependant
Victory c’est aussi un propos particulier. Natif germain, le groupe dissimule ses origines sous les parures d’une musique oscillant entre le Hard Rock et le Heavy avec des intonations propre à la scène américaine très marquées. Mais
Victory c’est surtout du plaisir.
Et dès l’entame de cette œuvre par l’intense triptyque, le très bon et nerveux Rock’n Roll Kids Forever, Backseat Rider et le remuant Standing Like a Rock, le groupe témoigne d’un grand talent. Dans la diversité de ses trois titres,
Victory nous offre une ferveur communicative délicieuse. Poursuivant sur ce chemin créatif les titres défilent sans grand embarras, continuant de nous contenter plaisamment (le tendu Hell and Back, Take the Pace, le très bon Rock the Neighbour, Break Away ou encore The 9th November).Pourtant l’intérêt de cette œuvre cohérente réussie, mais sans ambition incongrue, réside, aussi, dans ses infime nuances. Ainsi
Temples Of Gold et son tempo délibérément lancinant mais aussi un excellent Mr. President dans une vision Hard Rock d’un morceau Boogie/Rock délivrent les saveurs subtiles qui font de ce disque, outre un aveuglement légèrement fanatique subjectif de votre humble serviteur, une réussite justement, mais insuffisament, à mon sens, salué à son époque.
Le lien ténu qui m’unie à cette ère révolu, à cette nostalgie de ces temps anciens, s’appelle, entre-autres,
Temples Of Gold. Ne jamais oublier d’où l’on vient, pour ne jamais oublier qui nous sommes. Pourtant même vingt ans plus tard, lorsque j’écoute cette œuvre, le plaisir est toujours présent. Preuve en est qu’objectivement, ce Hard Rock énergique aux accents US très prononcés, possède tout de même quelques qualités non négligeables.
La chronique devrait être la plus parfaite possible.
Désolé, pas cette fois.