Il serait évidemment aisé d’énumérer, ad vitae aeternam, toutes les qualités de musiciens exceptionnels en louant sans cesse leurs remarquables talents et, dans une imbécile étape suivante, leurs œuvres forcément remarquables puisque les génies créent fatalement des concepts uniquement géniaux. Cette attitude dogmatique, qui existe bel et bien, si elle devenait une règle dominante répandue, plongerait l’univers artistique tout entier dans un chaos indescriptible. Car bien évidemment, loin du fanatisme, l’esprit éclairé sait que le résultat, enfanté par d’habiles artistes, n’est pas l’œuvre unique de ses aptitudes, mais aussi celui de ses convictions profondes. Chaque création s’alourdit, en effet, des idées, des désirs et des décisions de ses créateurs.
N’y-a-t-il, en ce cas, rien de plus vains que de détailler, encore et encore, des qualités remarquables qui distinguent chaque membre d’un groupe dont les musiciens sont restés les mêmes et dont le concept artistique n’a que peu varié ? Il reste toutes mêmes certaines incertitudes liées à certaines variables. Et fort heureusement.
Ainsi à l’orée de cette troisième production des palois de Manigance, il n’est, selon votre modeste serviteur, pas absolument indispensable de réitérer avec précision quels sont les qualités de ces musiciens et notamment de cette exceptionnel section rythmique dans laquelle Daniel Pouylau excelle, tant et si bien, qu’il pourrait, à mon humble avis, rivaliser avec les meilleurs de sa catégories. Il apparait inutile aussi de décrire tous les méandres de ce Heavy Speed mélodique aux constructions parfois progressive que défend Manigance tant celui-ci, en dehors de s’être encore amélioré, n’aura guère subi de bouleversement fondamental. Et de plus, il semble vain aussi d’encenser cette plume, et cette poésie, avec laquelle le groupe exprime tous ces maux. Toutes ces délicieuses spécificités qui font l’âme profonde de Manigance sont à découvrir dans l’art de ces derniers.
Que dire alors concernant ce D’un Autre Sang ?
Simplement que cette œuvre, digne successeur de Ange ou Démon, continue d’être enthousiasmante. Simplement que le groupe poursuit admirablement sur le chemin d’une renommée méritoire aux sons d’un album exceptionnel. Simplement que Didier Delsaux et les siens excelle toujours dans la composition de mélodies et de refrains incroyablement fédérateurs et réussies.
A la fois rapide et nerveux (Empire Virtuel, le magnifique Héritier, ou encore, par exemple, le très bon D’un Autre Sang), mais aussi relativement plus posés (l’excellent Mourir en Héros, le superbe Mémoires ou encore, par exemple, le remarquable Damocles), ou encore sensiblement plus calme (Hors la Loi, le merveilleux Maudit ou encore, par exemple, le délicieux Enfin Délivré), Manigance ne cesse ici de faire montre d’un talent exceptionnel. Bien évidemment évoquer certains de ces morceaux en les détaillant usant de termes tels que « plus posés » ou « plus calmes » est tout à fait relatif tant l’œuvre demeure à la fois exalté et incisive. Il est d’ailleurs à noter qu’au regard de son prédécesseur, Ange ou Démon, le rythme s’est considérablement accentué sur ce D’un Autre Sang.
Quoiqu’il en soit Manigance nous livre ici un de ces albums les plus aboutis devant lequel les louanges faites de mots flatteurs finissent par être totalement superflu. La musique parle d’elle-même, et celle de ce groupe nous crie tout son talent.