Сталинград!
Réussir à se démarquer dans le petit monde du Doom Metal n'est pas toujours aisé, et il semble que les finlandais de Kypck (prononcer Kursk) l'ont bien compris. Pour ce faire, ils ont carrément opter pour une musique librement inspirée par la Russie, et ça commence avec le choix de la langue utilisée pour exprimer les textes. Cherno est donc le premier album de ces russo-finlandais (qui compte en leur sein le guitariste de feu-Sentenced), et pour l'occasion, c'est un véritable dépaysement qui nous est présenté là.
Avec un thème soviétique ultra-présent, il devenait normal que Kypck use et abuse d'une imagerie en tout point concordante avec l'empire que fut l'URSS. Il ne sera donc pas rare de croiser une kalachnikov ou des paysages typiques du pays dans ce livret classieux.
Ceci étant, pour instaurer au mieux le concept des finlandais, Cherno nécessitait une certaine rigueur, ce qu'évidemment la bande d'Errki Seppänen s'est empressée de présenter au monde.
C'est donc avec un Doom rugueux, dangereux et plombé que Kypck fait ses armes. Comme vu précédemment, la langue russe est utilisée dans la totalité des pièces de ce Cherno, leur conférant un aspect atypique loin d'être désagréable. D'autant que les finlandais s'en sortent plutôt bien: riffs lourds, rythmique lente mais suffocante et cette basse (à une corde!) pesante qui n'a pas son pareil pour plaquer l'auditeur face contre terre.
Muni de pièces représentatives comme "Traitor", "1917" ou "Stalingrad", cet opus respire littéralement l'ambiance soviétique telle que nous la voyons en Occident, sorte de vestige de la guerre froide version propagande militaro-politique.
Un aspect strict émane de cette production, comme si les vers de "Stalingrad" était destinés à mobiliser les troupes pour préparer cet éventuel conflit qui traversa le siècle dernier. On imagine d'ailleurs sans peine les membres de Kypck, affairés dans cette tâche, au fin fond de la Sibérie...
Les ambiances, voilà donc le point fort de Cherno. Un véritable bond dans le passé, une vision particulière de ce que donnait la vie russe il n'y a pas si longtemps encore. Tout y est, même le son d'un jeu fatal qu'est la roulette russe à la fin de "The Black Hole", l'effet est terrifiant. D'un autre côté, si les ambiances semblent originales et parfaitement bien menées (ce "1917"!), on regrettera juste que la musique jouée ne prenne que peu de risques. En effet, c'est un Doom classique qui nous est présenté, la seule originalité réside dans le concept élaboré par Kypck. Ceci étant, Cherno reste plaisant à écouter, c'est certain.
Un premier album intéressant donc, qui aurait certainement été excellent s'il avait pris plus de risques d'un point de vue strictement musical. Sinon, les ambiances plombées et l'univers soviétique gravitant autour de Cherno rend cet opus différent des sorties actuelles, et ce en très grande partie grâce à ce chant russe.
Le prochain challenge sera donc d'éviter de composer un Cherno-bis et de parvenir à se renouveler tout en gardant cette fameuse touche soviétique!