« Ô Nooooooord, c’était les corons, la terre, c’était du charboooooooooon »
Oups. Vous l’aurez compris, TriBALLES vient tout droit du nord de la France, terre ouvrière, bassin de l’alcoolisme chronique, de la détresse sociale et économique. Mais quand on vient du nord, on en a aussi dans le ventre (et aussi dans le froc). L’exemple s’est confirmé par le passé (même encore maintenant), cette région est active sur le devant de la scène et ça le fait. Pour les plus anciens, vous vous rappellerez des heures de gloire de
Loudblast (qu’on ne présente plus), et pour les plus jeunes - dans un tout autre style- Black Bomb Ä,
Morpain, Cross 9, Unswabbed ou encore les rigolos de
Gronibard.
TriBALLES s’était illustré avec « Le Choc des Viandes », leur premier maxi succédant ainsi aux deux premières démos proposées : « Vice de Forme » et « L’inavouable ». Très actif, nos frenchy se voient l’opportunité de participer à un concours de Roadrunner en 2006, auquel ils arrivent en finale mais pour des raisons assez floues, cela se voit interrompu. Mais il en faut plus pour décourager la bande de potes et ils se retrouvent rapidement au P & F Studio pour enregistrer leur premier LP sobrement intitulé « TriBALLES ». Si à ses débuts le combo était influencé par le néo, aujourd’hui, la sauce s’est légèrement engraissée et on se retrouve avec un mélange de death metal déferlant, un surboostage hardcore et une grosse dose d’adrénaline.
On comprend vite avec « Tears Of Freedom » qu’il n’y aura pas de demie-mesure, le titre rentre dans le lard et nous plonge dans l’univers sombre de TriBALLES. Des riffs gras, mis en évidence, un duo vocal impressionnant d’énergie, une batterie du tonnerre. La prod’ est assez surprenante pour ce premier album, le tout est mixé puissamment, ne donnant pas un rendu crade, ni inécoutable. On aurait, cependant, demandé plus de basse (exemple : « 29/05/82 »).
Contrairement à ses débuts, les paroles des chansons ne sont plus en français, mais en anglais ! Toutefois, les textes traitent de sujets comme le nazisme (« Worse Than Beast »), la solitude (« Alone ») et comme dans tout bon groupe de metal : la haine !
Et même si il n’y aurait pas eu de paroles, on aurait vite compris, sous cette pluie de riffs, où TriBALLES veut en venir avec son « Just Memories » thrashy à souhait, rappelant bizarrement
Slayer. Parce que oui, les nordistes ne sont pas des manches, ils savent utiliser leurs instruments avec brio, essayez de compter le nombre de contre-temps, de changements de rythmes incessants qu’offre Bourrick, batteur de la formation. Mais ce n’est pas tout : si vous recherchez un refrain à scander, à gueuler en cœur en concert, vous vous fourrez le doigt dans l’œil. Les plans s’enchainent à vitesse grand V, pas question de revenir en arrière, le schéma de jeu change constamment et c’est assez déroutant. Il faudra encore un ou deux albums pour que ce schéma soit réellement maitrisé.
Impossible de passer à côté de cet album, une fois embarqué dans ce sombre voyage, c’est sans arrêt. Ce premier opus est un cru In Your Face, prenant aux tripes et sans concession. Si les français continuent sur cette voie, ils risquent sans doute de faire tomber des têtes. En attendant, on ne peut que se réjouir de voir que la brutalité n’a pas de limite et qu’elle a encore de beaux jours devant elle.
L’album est dédié à Bel, ancien membre et ami du groupe. (1982-2007)