Voici donc le premier album de
Pain.
Et ça vous fait une belle jambe.
Il faut dire, ce disque est sorti dans une espèce d'indifférence navrante.
Rammstein n'était pas encore passé par là, avec cette rigueur allemande semblable à un bulldozer. Y avait déjà
Oomph! bien sûr, mais ça nous ramène encore au succès de Rammstein qui a fait que l'elctro-metal se soit fait une belle place au soleil. Comme d'habitude, il a fallu qu'un groupe débarque de nul part, propose un truc cool ou qui fait parler de lui et tout un style peut en émerger. On peut prendre pour exemple
Lordi également, dont le succès est grandement dû à l'Eurovision. Et encore, Pain n'a pas eu de chance, il a mis du temps à s'imposer en France et il l'a fait avec un disque moins froid, moins violent, plus pop dans le fond,
Nothing Remains The Same. De quoi fausser la donne. Evidemment, en 1996,
Peter Tägtgren n'était pas encore la référence qu'il est aujourd'hui, la sortie d'un album où il s'occupe de tout, joue tous les instruments, ce n'est pas forcément le plus important, une année où
Metallica et
Pantera se disputent la suprématie du genre et où les troublions de
Cradle Of Filth viennent semer la zizanie.
Donc, ceux qui ont découvert Pain à partir de Nothing Remains The Same et qui raffolent de ce mélange entre pop, electro et metal en seront pour leurs frais. Parce que ce premier album éponyme navigue dans une dimension glaciale et sombrement violente. Ici, on a pas affaire à des hymnes gentiment calibrés pour ratisser large (je ne dis pas que c'est mal, c'est très bien que Tägtgren ait un projet qui peut lui permettred e vivre décemment). Au contraire, le multi-instrumentiste cherche l'efficacité comme le prouve
On Your Knees (Again) et sans refrain fédérateur ou le très technoïde
Learn How To Die qui ne fait pas dans la dentelle, entre chant hurlé, rythme effréné, samples ravageurs pour un titre démesuré qui aura du mal à trouver son équivalent en terme de violence pure,
Greed à la rigueur.
Tägtgren va au fond des choses, il ne laisse pas grand chose au hasard sur cette oeuvre en couleur rouille. Des compositions concises, corrosives, qui parlent de douleur, voire de suicide. Mais tout ne fait pas dans le brutal. Certaines compositions tendent déjà vers des sons plus aériens. On peut citer
Breathe, dont le calme apparent dissimule un malaise insidieux, ou encore le planant
The Last Drops Of My Life aussi joyeux qu'un enterrement d'enfant. On est loin des musiques sautillantes et dansantes qui seront faites dans le futur. Ici, Tägtgren utilise samples, loops et machines pour développer un climat d'introspection négative. On est plus proche d'un indus soft que du "tanzmetal" instauré par Rammstein et qui sert de mesure dans le genre (à tort).
Tout n'est pas parfait non plus, il ne faut pas exagérer. Si le talent de composition du leader d'
Hypocrisy est bien présent, il ne fait pas toujours mouche et certains passages passent plus difficilement. Les tempos ne sont pas très variés et on se retrouve bien vite emprisonné dans un schéma stylistique sans trop de surprises. Reste un disque direct, angoissant et glauque, qui aura bien du mal à atterrir sur les platines des plus curieux d'entre vous.