Lita Ford, pour les plus vieux d'entre vous, c'était un fantasme ambulant dans les années 80. Certains retrouveront un peu de ce fantasme en contemplant la pochette de ce
Wicked Wonderland paru depuis peu, où la belle apparait en tenue virginale, avec un fond... comme si le Joker s'était trouvé l'amour de sa vie et avait décidé de l'épouser dans un parc d'attraction d'apparence sinistre. Mais ne vous trompez pas : sous le maquillage, le poids des années,
Lita Ford a 51 ans et si elle revient sur le devant de la scène avec ce look de jeune première, c'est parce que la musique qu'elle pratique a subi un sacré lifting.
En effet, quinze ans après son dernier album (l'intimiste Black en 1994 pour les déficients des mathématiques), la plantureuse blonde revient avec un projet étonnamment moderne, un heavy rock puissant dopé par des samples qui viennent donner une impression de sonorités indus. Et du coup, pour les fans de Lita, la pilule va être difficile à avaler.
L'ensemble sonne de façon très lourde, la guitare est grave, le chant ne s'attarde pas, Lita livre derrière le micro une de ses prestations les plus médiocres. Qu'il semble loin le temps où la belle roucoulait avec
Ozzy Osbourne et caracolait en tête des ventes avec un single juste ce qu'il faut de sirupeux pour rester dans les mémoires. En deux décennies, les modes ont changé, les envies aussi et l'inspiration s'étiole. Comme après un impact.
Bien sûr, Lita se serait fait taper sur les doigts quels que soient ses choix. Un retour aux sources ? On aurait dit qu'elle était à côté de la plaque et qu'elle vivait sur son passé. Un album fleurant les 70 et plus spécialement
The Runaways ? On l'aurait taxé de nostalgie passéiste et creuse. Un retour avec un son moderne était quand même la solution la plus satisfaisante vu qu'elle avait toujours su évoluer. Et sur le papier, quand elle annonce qu'il s'agit de son album le plus heavy, ça met en confiance, ça donne envie. On se met juste à tiquer quand elle poursuit en avouant que c'est très inspiré par ce qu'elle fait avec son mari une fois que leurs deux gamins sont au lit...
Du coup, on se tape du
Jim Gillette sur la galette. Mais si, souvenez-vous, le chanteur du groupe de glam
Nitro ! Si ça ne vous dit rien, c'est soit que vous êtes trop jeune, soit que le groupe n'est pas resté dans les annales, les deux solutions étant tout à fait envisageables. Non seulement on retrouve le monsieur à la production, où il se rate au niveau de la mise en avant de la guitare et des voix (l'aspect musical propre à sa dulcinée), mais il est également derrière le micro sur de nombreux titres, à s'exprimer de sa voix nasillarde qui, désolé pour lui, ne s'est pas bonifiée avec les années...
Avec des compositions qui vont dans tous les sens, avec de gros renforts de parties electro (l'improbable
Indulge, au nom quelque peu... évocateur), ce
Wicked Wonderland n'est pas franchement engageant et l'amateur de la musique de la belle (comme les autres), risquent vite de rejeter le tout en masse. Malgré tout, il y a quelques bons moments, comme le très heavy
Love ou
Betrayal qui ne font pas dans la demi-mesure.
Crave surprendra également, en ouverture, par son côté virulent et nuancé d'indus qui ne laissera pas indifférent. Mais ces bons moments sont trop disséminés sur un disque long, beaucoup trop long (15 titres en comptant les deux bonustracks...), qui n'arrive à ne mettre en avant que ses lacunes (production merdique, inspiration en berne, soli fadasses ou inexistants...).
C'est le come back dont on ne voulait pas.
Lita Ford était une égérie, une Metal
Queen et là, elle vient de sacrifier son trône en sortant un disque qui ne lui ressemble pas. Et pourtant, on l'a tous aimée cette femme, tous... Enfin, les plus vieux. Mais pourquoi a-t-elle décidé de sortir un album que ses gosses seraient susceptibles d'écouter quand son public de base est resté sur des standards plus mélodiques ?