J’avoue que c’est avec appréhension que j’ai abordé cet album, deuxième de ce jeune groupe finlandais qui, si vite, a fait parler de lui. Trois ans à peine d’existence, et déjà en tournée avec
Epica…
River of Tuoni, sorti en 2008 avait fait grande impression ; d’aucun avaient crié au génie, certains n’avaient pas hésité à parler d’un successeur de
Nightwish… Tous propos qu’il faut relativiser. Incontestablement, le groupe incarne un formidable renouveau pour le metal symphonique, qu’on croyait promis à une lente et irrémédiable sclérose suite à la défection de
Tarja, au split d’
After Forever, à la décadence commerciale de
Within Temptation et j’en passe. Si l’on rajoute les inquiétants signes de faiblesse physique manifestés par Simone Simons lors de la tournée de 2009, et la faiblesse des groupes tels que
Lunatica,
Edenbridge ou
Vision of Atlantis, peu dignes successeurs de ces illustres formations, on conviendra qu’il n’y avait guère de raison d’être enthousiaste quand à l’avenir de ce style, déjà considérablement décrié.
La venue d’un album comme
River of Tuoni représentait donc une formidable bouffée d’air ; on assistait à un véritable et profond renouvellement, assorti de la fraicheur des débuts.
D’où de grosses inquiétudes pour un album sorti à un an d’intervalle, avec de surcroit deux changements de line up : au clavier, le départ de Tom Sagar force Tuomas Seppala à abandonner la guitare pour lui succéder, et pour le remplacer Emil Pohjalainen fait son entrée dans le groupe… Une entrée, un départ, mais deux changements.
Et bien, qu’on se rassure,
The Clouds Of Northland Thunder est à la hauteur de
River of Tuoni. Ce qui ne signifie pas qu’il soit à la hauteur de toutes les attentes, bien sûr. Incontestablement, le groupe a gagné en maturité ; l’ensemble est plus homogène, construit avec plus de méthode et de discipline : une solide base technique, sur laquelle viennent se greffer des compositions plus audacieuses. On sentait déjà cette volonté dans
River of Tuoni, mais une place plus large était laissée à l’improvisation, avec tout ce que cela a d’hasardeux.
Une musique moins spontanée donc, moins « jaillissante », mais faisant preuve de beaucoup plus de maitrise. Certains considéreront cela comme de la platitude ; d’autres y verront une preuve de maturité. Car c’est cela qui différencie
Amberian Dawn de groupes comme
Edenbridge ou
Xandria : avoir compris que le metal symphonique ne peut se construire d’expédients et de coups de chance, ni même de coups de génie.
Musicalement, la qualité et la puissance de l’ensemble tiennent principalement à deux choses : le formidable travail des guitares, et le talent de la chanteuse, Hedi Parviainen.
Si l’on a beaucoup abondé sur le deuxième point, le premier en mérite tout autant. Les soli sont partout, omniprésents : il n’est pas rare d’en trouver au début, au milieu et à la fin d’une même chanson ! Sur Incubus,
Lost Soul ou Saga, par exemple. Eblouissants de vitesse et de technicité, présentant des variations rythmiques extrêmement rapides, ils sont véritablement la puissance du groupe. D’évidence, le changement de line up a été bénéfique…
Il est étrange de remarquer que, les compositions étant le fruit de Tuomas Seppälä, la réussite de l’album provient une fois encore de la capacité du claviériste à se sacrifier au profit des guitares… Car cet instrument est particulièrement en retrait : pratiquement jamais en solo ni même en ouverture (à part sur Snowmaiden), il se contente de contribuer à l’ensemble sans se démarquer, mission qu’il accomplit avec tact et brio.
Cette analogie entre les deux Tuomas et leur place dans leur groupe respectif est peut être le principal point où l’on peut faire grief à
Amberian Dawn de copier
Nightwish ; car musicalement on s’en écarte totalement : ce n’est ni le même but ni le même esprit. Le groupe développe ses propres ambiances, son propre son, repousse résolument la source d’inspiration des musiques de films, si chère à Holoppainen. Bref, il est assez difficile de les taxer de plagia – ou alors il faut taxer
Gamma Ray de plagia d’
Iron Maiden.
Revenons au deuxième point précité : la performance d’ Hedi Parviainen. Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet par ceux qui ont écouté le groupe. Pour les autres, des précisions s’imposent. Si sa technique s’inspire en partie du classique, disons le tout net, elle n’a strictement rien de commun avec celle de
Tarja, qui utilise essentiellement des techniques d’opéra simplifiées. Pour autant, elle semble être à la base de formation classique ; mais son chant a évolué, d’une certaine manière s'est simplifié tout en conservant ses acquis. Bref, il a passé un stade lui permettant d’explorer de nouvelles voies.
Un grand album, donc. Moins spontané mais plus travaillé, moins intuitif mais plus réfléchi. Le groupe évolue dans le bon sens, gagne en maitrise. Moins de titres viennent se démarquer, mais l’ensemble gagne en cohérence. Bref,
Amberian Dawn gagne en maturité, construit son propre style, dont il définit méticuleusement les bases. A l’écoute de
The Clouds of Northland Thunder, un doute nous prend : ce pourrait-il que ce petit groupe, fondé il y a à peine quatre ans, soit la première manifestation d’une renaissance du metal symphonique ?