Rhapsody est devenu
Rhapsody Of Fire, faute à un groupe qui avait déjà posé les droits sur le nom même si ce dernier stagnait dans la feignasserie la plus intense. Mais que voulez-vous ? Quand un groupe connait le succès, tout est bon pour le faire chier convenablement. Et les Italiens de rajouter ce "of Fire" bien ridicule en définitive plutôt que de changer totalement de nom, ce qui aurait été en somme encore plus stupide car il n'y a rien de mieux pour désarçonner les fans à travers le monde, qui mine de rien ont du mal à s'y faire quand leur protégé change de blase.
Rhapsody Of Fire, c'est également un groupe qui ne laisse pas indifférent. On pourrait généraliser avec un "on aime ou on déteste", expression passe partout par excellence, mais qui est une solution de facilité par rapport aux questions sous-entendues. En fait, certains s'irritent du fait que RoF tourne en rond depuis les débuts, se contentant juste parfois de durcir le ton et d'avancer dans un monde d'un kitsch presque révolutionnaire (quand on se penche sur les textes, on se retrouve sur l'archétype de la fantasy, à savoir des histoires toujours un brin prévisibles, indignes du terreau fertile autour duquel elles végètent). D'autres, au contraire, y voient le nec plus ultra en matière de metal symphonique, avec des choeurs et des orchestrations imposantes. Et entre les deux, finalement la frontière est très mince ; des personnes s'extasieront devant certains disques et rejetteront d'autres, des fans suivront aveuglément les groupe, quoiqu'il sorte, tandis qu'une autre frange se contentera tout simplement des premiers opus, plus purs. Et il en va finalement de même pour tous les groupes, ou presque, Rhapsody, de par son ampleur dans le monde du metal, ne fait que déchaîner les passions un peu plus.
Alors quid de ce
Triumph Or Agony à la pochette révolutionnairement moche par rapport à quelques unes des précédentes ? Difficile d'être pleinement satisfait ou complètement déçu par ce disque qui n'apporte pas grand chose de plus, sinon une avancée dans l'histoire. Le style ne bouge en effet pas d'un poil de cul. On se retrouve toujours face à un metal symphonique aux nombreux choeurs, mais qui n'étonne plus, sinon que la formule semble moins enlevée qu'à l'habitude (mais est-ce vraiment une nouveauté ? Non,
Dawn Of Victory avait opéré un changement de cap brutal après tout). Donc pour l'effet de surprise, on repassera.
Et surtout, on se rend compte rapidement que l'album se traîne.
Triumph Or Agony n'est pas mauvais en soit,
Rhapsody Of Fire gère la chose de façon très pro, le tout est très propre, bien sur soi, un peu comme le gendre idéal en somme (et je ne parle pas d'Adamo), mais voilà, ça en devient trop lisse, il n'y a aucune rugosité derrière tout cela, le slip est propre, quoi. Les guitares, quand elles s'imposent, n'ont pas ce côté mordant habituel, comme si
Luca Turilli avait fait tout son possible pour pour faire de ce disque à la gloire du clavier de
Alex Staropoli tant ce dernier mange l'espace sonore, gonflant certains passages parfois jusqu'à la nausée.
Bien sûr, la beauté des choeurs est toujours impressionnante. Bien que devenus un argument plus qu'une nécessité, ils remplissent toujours aussi bien l'ensemble sonore, pouvant parfois se rapprocher de
Therion dans l'esprit (l'introduction
Dar-Kunor est à ce titre magnifique), mais parfois, RoF se perd en plaçant des vocalises féminines style qui viennent salement plomber l'ensemble par ce côté trop convenu qui en définitive n'apporte pas de plus-valu à l'ensemble vu que c'est devenu un stéréotype complet du genre, testé, approuvé et appliquée scrupuleusement par tous les suiveurs et copieurs, fascinés par la réussite du groupe.
En revanche, il convient de souligner une fois de plus la prestation de
Fabio Lione qui s'impose de plus en plus au sein de la formation avec ses airs de footballeur. Son chant ne devient pas forcément plus subtil avec le temps, mais il en impose toujours autant, entre rage, déclamation et implication mélodique, il est le chanteur idéal pour
Rhapsody Of Fire et reste une des valeurs sûres du genre.
Bien sûr, on peut adorer comme on peut détester ce
Triumph Or Agony qui stagne gentiment et qui n'aide pas le groupe à progresser, pénalisé il est vrai par l'absence de refrains vraiment forts et efficaces. Doit-on voir le déclin du groupe avec l'expansion des travaux de Luca Turilli avec deux projets solo qui voient le jour la même année ? Toujours est-il qu'à l'époque de sa sortie, nombreux furent déçus par ce disque et personne ne pouvait deviner que
Joey DeMaio allait plomber la carrière des Italiens avec son label Magic Circle Music en leur empêchant de sortir le moindre disque jusqu'à cette année 2010. Ce n'est pas une raison pour réhabiliter un disque assez faible dans l'ensemble, ni même pour comprendre pourquoi il sonne de cette manière, mais cela explique très bien pourquoi certains fans ont un attachement très particulier pour cet opus.