Entrer dans le monde de
Ram-Zet est une expérience unique. Il n'est pas évident de se préparer à ce voyage abyssal dans le coeur du metal tant les repères sont cachés, dissimulés sous une couche musicale entre l'harmonie et la dissonance, torturée et terriblement jouissive. Depuis Escape, voire depuis Pure Therapy, le groupe ne cesse de prouver, dévoiler une créativité assourdissante. Et si Intra n'a su reproduire le miracle de Escape, à savoir être un album surréaliste, comme s'il venait d'une dimension parallèle, il n'en demeurait pas moins excellent. Un pavé dans la mare de plus, salué par... une certaine indifférence de la part du grand public, ce qui est normal, mais que l'on retrouve également dans les hordes noires, les amateurs du genre.
Ram-Zet reste donc confidentiel. Son nom n'est pas sur toutes les bouches et si un nouvel album crée une certaine attente, le groupe n'a pas réellement de pression et ne risque pas de devenir conventionnel. Tel est le voeu pieux du fan.
La pochette est décevante. Une espèce d'usine rongée par la rouille, aucune trace du dément qui illustrait les trois autres opus. Et Neutralized n'est pas à proprement parler une suite aux précédent disques, la ligne directrice est brisée. On sort du concept du schizophrène évadé d'un hôpital psychiatrique avec l'aide d'une infirmière et on se retrouve face à un nouvel univers claustrophobique, où il est demandé à l'auditeur de plonger dans un monde dépravé et malsain.
Musicalement, on retrouve les mélodies propres au groupe, doucereuses, envoûtantes, ponctuées par les lignes du violon de
Sareeta, tantôt démoniaque, tantôt nostalgique. Cet instrument n'est pas surexploité. Il s'immisce dans le schéma des morceaux, participe volontairement à leur construction et se retrouve mis en avant à des moments clés, pour introduire une partie purement instrumentale ou marquer un break tout en subtilité. Il n'est jamais là juste pour dire qu'il y a du violon, il est une partie intégrante de l'univers de
Ram-Zet, vecteur des pensées comme des sentiments, usé et jamais abusé avec intelligence.
Bien sûr, le moteur du groupe, son chef d'orchestre, reste
Zet, véritable âme damnée qui vient apporter folie et rigueur à l'ensemble. Il écrit de façon plus modérée qu'auparavant (on ne retrouve pas systématiquement les passages empreints de violence des précédents opus) et son travail ne manque pas de finesse. Les rythmiques sont moins agressives, mais elles continuent à tisser un canevas lâche, d'apparence disloquée, mais qui est une base solide pour la guitare et le clavier qui se livrent à une délicate sarabande d'où émane une tension animale, purement sexuelle. Des passages electro ponctuent l'ensemble, par des déformations de voix ou par l'utilisation de samples parfaitement intégrés. Mais ce qui frappera le plus est cette habileté à marier les genres au sein d'un même morceau, comme sur l'angoissant
222 avec son solo jazzy.
Mais bien sûr, la grande attraction de l'album reste la dualité entre
Zet et
Sfinx au chant. Si Zet se fait un peu plus discret, Sfinx est tout simplement immense dans son rôle. Sa voix a encore gagné en profondeur et elle est toujours capable d'illustrer une large palette de personnages ou de sentiments. On trouve ainsi une gamine effrayante et despotique sur
I Am Dirt et une femme en proie à un profond désespoir sur le somptueux
Requiem. Et toujours avec la plus grande sobriété, elle chante juste, puissante, merveilleuse. Elle n'en fait jamais trop, contrairement à bon nombre de chanteuses évoluant dans le domaine du metal symphonique.
Ensuite, il suffit de se laisser guider le long de ces morceaux habilement structurés dans leur forme, volontiers progressifs, où la colère peut succéder à la peur, où le désespoir n'est jamais bien loin. La finesse de l'exécution est marquante. Excepté la voix de Zet, l'aspect extrême se trouve quelque peu effacé et on se retrouve face à un disque capable de rivaliser avec Escape, dans un registre tout aussi dramatique, mais plus nuancé, où l'agressivité laisse place à un emploi tout aussi destructeur des mélodies. Difficile de sortir indemne d'une telle écoute, comme il est impossible de ne pas appuyer sur la touche "repeat" du lecteur CD.
Ram-Zet, avec Neutralized, frappe fort. Doté d'un charisme monstrueux et d'un fort pouvoir addictif, ce disque risque bien de marquer plus d'un esprit et vient couronner une carrière où le seul faux pas est une attente interminable entre chaque album. Une fois de plus, il est bon de noter le génie créatif de Zet, artisan de cette oeuvre, qui prouve que le metal n'est pas mort, ni même dans une voie de garage. Un chef-d'oeuvre et peut-être bien LE disque de cette année 2009.